Biennale des mutilations rigolotes

On a fait une fête sur Les mutilations du travail, au motif que le sujet de la biennale du design 2017, l’événement phare de Saint-Étienne, était Les mutations du travail. Un groupe informel autour de l’association La laverie l’a organisé, on s’est réuni depuis plusieurs mois, et ça a bien eu lieu, à la Cartonnerie le dimanche 2 avril !

Les Baronnes perchées font le show. (et attention, ne vous trompez pas : ce sont de VRAIES couturières ! )

Avec Melila et Elsa, j’organisais un centre de désorganisation, du travail. Il était destiné à montrer aux gens combien leur vie professionnelle était foutue.

Le lancement du concours de la meilleure machine à laver travailleuse.

C’était un travail collaboratif rassemblant pas mal d’acteurs des milieux de l’organisation participative, de la musique, de la cuisine, de la fête , de… des… etc.

Cela durait toute l’après-midi et la soirée. D’un coté il y avait des spectacles musicaux, contes ou autres, de l’autre des stands organisés en parcours professionnels catastrophiques, se moquant du monde du travail et de la formation.

Sous l’emprise des chants de Le Vulvet Underground, au fond en blouses blanches

Il y a beaucoup de choses qui m’ont bien plu. Je ne vois pas de choses qui m’ont déplu. Cela a été un succès. Je n’ai, je crois, jamais vu autant de monde sur le site de la Cartonnerie. Il y avait même… la pluie.

La pluie, justement. OK, on ne peut pas s’en passer, elle est obligatoire, on peut même la trouver plaisante. Mais notre fiesta était en plein air. Il a plu de 7h du matin à 15h de l’après-midi, pour un événement qui devait commencer à 14h… et pas qu’un peu : il a fallu creuser des rigoles d’évacuation d’eau sur le site. Bref, on a frisé la cata. Pendant tout ce temps nous sommes restés dans le doute sur la faisabilité de notre affaire.

Et puis tout s’est bien passé ! Il a juste fallu retarder d’une bonne heure le programme, mais le public était là, grossissant, grossissant… comme si les gens voulaient remplacer les gouttes de pluie.

On est bien peu de chose, en ce monde, et je ne sais pas ce qui se serait passé si la pluie avait duré seulement une demi-heure de plus, mais la gestion collective de ce doute a été remarquable. Tout le monde continuait à construire nos trucs avec énergie, et au fur et à mesure chacun voyait l’échéance de la ruine se rapprocher… c’est dans ces circonstances qu’on peut parler d’intelligence collective… voir tout ce que la pluie induit comme transformation, garder son propre moral, faire que le pari ne devienne pas entêtement aveugle…

Cantine des intervenants au repas de midi, à l’abri… tiens ? ça chauffe pas beaucoup, les bougies…

Une autre chose formidable a été l’effort coté graphique ; partout de belles choses dessinées ; dans notre stand sur la désorganisation du travail et la démotivation nous avions des cartes originales d’un tarot complètement inventées, des formulaires bidons presque beaux, des bilans d’échec magnifiques, le journal du site Bip… et, partout, les splendides panneaux indicateurs de Marie-Charlotte (mais aucune photo, quelle honte pour moi), et, surtout, surtout, l’ensemble du site refait à neuf les jours précédents par les graffeurs Tepio, Oni, Malcom et Rib !

Et ce n’est qu’une petite portion, il y en a x5 comme ça tout autour du site.

Je suis persuadé que cet enchantement a aidé tout le monde à tenir sous la pluie.

C’est encore les amis de Carton Plein qui ont manœuvré la matière pour que les graffeurs refassent le site. Ah !… les relations complexes et tumultueuses de Carton Plein et des graffeurs… les filles d’un coté, les garçons de l’autre… mèzenfinbon, quand ça marche le résultat est splendide, tout le monde le sait depuis longtemps.

Enfin, LA chose fabuleuse, LA chose majeure, LA chose mégaforte, a été le théâtre, avec Tripalium de Marzouc Machine. Je suis très content de voir le théâtre être le spectacle principal, alors que d’habitude, en ce genre de circonstances, c’est plutôt la musique qui l’assure (le yéyé, etc).

Superbe pièce qui a rassemblé public et acteurs pendant pas moins de une heure et demie en plein air.

Des bruits qui courent rapportent que certains auraient trouvé la pièce trop populaire, ou pire – pour eux – vulgaire, ou avec trop de grosses ficelles, ou trop grossière. Pfeuaf ! Oui, il y avait de grosses ficelles, et moi aussi je ne les ai pas aimées. Mais quoi ? et alors ? dans un public il y a des tas de gens qui ont des vies de merde et un boulot de merde, et de voir des jambes de jolies femmes jusqu’au nombril, ou des ventres de mecs fiers et poilus jusqu’au derrière, et bien voilà ça leur donne du courage et ça leur libère l’esprit. Et moi aussi de toutes façons. Si le théâtre peut servir à ça, il a déjà rempli son contrat à 99%. Le reste, c’est des bouches en cul-de-poule.

Déjà, ils nous ont évité le poncif de l’acteur dos au public, si fréquent dans le théâtre culturel. Les règles de ce théâtre y sont si étriquées que, en effet, il suffit qu’un acteur se mette à parler dos au public pour que chacun crie devant tant d’audace. Du coup, tout le monde le fait, pour montrer une audace. Eux nous ont évité ça, nous pouvons leur être reconnaissants.

Ils nous ont évité aussi tous les poncifs politiques. Dieu sait s’il y en a. Les gags les réflexions culturelles constructives à gauche, à droite… Partout. Et c’est si facile qu’il faut être un bénédictin végétarien aujourd’hui pour ne pas céder. Ils n’ont pas cédé. Respect.

Mais on a eu les acteurs intervenant dans le public. Ça, oui. Un autre poncif du théâtre, ok. Mais parler dans un public d’abonnés avec 3 pelés 1 tondu les portables bien éteints dans une salle bien fermée est une chose, parler dans un public au milieu des mômes et des chiens et des crêpes une autre ; il faut tout son métier, seulement pour être aperçu.

On a eu les cris, les courses, les disputes, les chutes faisant flac !! et les bouteilles de champagne… bon. Tout s’enchaînait bien sans temps morts, toujours dans la relance, toujours dans la respiration, souvent dans la surprise, les paroles bien lancées, bien claires, alors ça allait. Moi même, (si je puis parler de moi), un jour, j’ai présenté un monologue de Beckett en ce lieu, je peux dire qu’il faut quand même y aller dans cet espace. D’ailleurs, malgré Beckett, il n’y avait pas beaucoup de référents culturels à la recherche d’un Coup de Cœur dans le public ?… sans doute y avait-il la Comédie Française jouant du Wagner dans les parages, ces messieurs étaient allés là. J’ai dit aux martinets qui volaient, aux trains qui passaient, et aux quelques personnes qui étaient là, c’était merveilleux.

Et puis il y avait des rires. De ce coté là c’était sympa. C’était prenant, il y avait toujours quelque chose de drôle, une histoire grotesque. Quelques longueurs par ci par là, mais tout le monde restait.

J’espère que cette audace, de la capacité du théâtre à tenir un événement festif populaire, se renouvellera, et que son offre s’enrichira.

Et puis la nuit est arrivée. Nous les intervenants, le soir on avait droit à un Wok gratuit. Un avatar des conceptions orientalisantes courantes, je suppose, mais il était excellent, génial. Et puis c’est vrai qu’on ne pouvait pas avoir wok + couscous + paella + tagliatelles + chili con carne, soyons pas trop exigeants. Ça bossait déjà dur à la cuisine !

Et puis il y avait une agence de presse fantaisiste Bip, qui sortait l’actualité sur le site en temps réel, et puis des conteurs, et puis des tours de force qui faisaient BAM ! BAM ! BAM ! toute l’après-midi, et puis une « gueux pride » pour aller chercher les touristes à la « vraie » biennale, et puis des DJ, et puis tant de choses !

On a connu plein de monde, plein de gens sont venus, plein de plaisir a été donné et reçu, alors à la prochaine chers constructeurs de fêtes !

 

 

 

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