Comment donner la voix

Fioles de parfum, ordinateur et livres

Des petites bouteilles de parfum, des touches de lettres de clavier, des livres à lire : de bonnes aides pour la voix

Depuis quelques temps je prends des cours de voix, et lorsque je le dis autour de moi, on me répond souvent par… « Qu’est-ce que c’est ?… c’est du chant ? »

C’est drôle ; je pense, depuis bien avant que je fais du théâtre, que la voix fonctionne comme un fil, comme une tension, un câble dans l’espace, et j’ai toujours su que ce câble pouvait ou porter ou casser.

Mais les expériences théâtrales s’accumulant dans le désordre, j’avais de plus en plus dans la tête un fatras de bonnes combines approximatives, et j’étais bien content de trouver quelqu’un pour me guider sur ce sujet.

Je vais t’apprendre, me dit mon professeur, comment la voix fonctionne comment se forme un flot de mots avec la bouche. Après, au théâtre, tu feras comme tu voudras.  La seule règle est de ne jamais forcer la voix, c’est tout.

C’était déjà un bon renseignement pour moi : jusqu’alors j’étais incapable de savoir s’il fallait donner la voix en forçant, s’échauffant, en supposant que ça viendrait, ou s’il y avait d’autres méthodes.

Pour prendre conscience de ce qu’il y a dans toute la bouche, ton nez, commence mon professeur, tu peux utiliser les parfums. As-tu déjà utilisé les parfums ? (évidemment, non). Les parfums se ressentent à différents endroits de la bouche, nez, gorge, et ainsi tu prends conscience de l’espace de gueule.

Et le voilà qui ramène toute une artillerie de fioles, psschits,  et même
légumes de cuisine,, pour les sentir, et pour que je dise si ça me piquait devant la langue, dans le haut du nez, en bas, en volume, etc.   Au bout de quelque temps, j’y arrivais à peu près. Je trouvais étonnant ce rapport entre la voix et les parfums.

Et ensuite :

Il faut souffler pour parler, comme si parler était lancer un projectile avec une sarbacane. Grâce au souffle les voyelles sonnent et les consonnes claquent.

Une claire voix limpide en ville

Mais, en ce monde d’écologie de grenouille de bénitier, nous ne sommes jamais très loin de considérations boudhistico-ésotériques honnies (par moi).  Mon professeur y est semble-t-il plus favorable ; heureusement, sur mes froncements de sourcils épouvantés, il sait toujours rebondir dans  le sens de ce que son modeste élève peut recevoir :

Si tu te places dans l’unité de ton esprit, me dit-il un jour, dans ta
conscience en plénitude, tu toucheras naturellement la sensibilité des esprits alentours.
Non, répondis-je sans trop de ménagement, je veux qu’on m’entende même si je parle de travers, même si je mens, même si j’ai un rhume de chien.
Oui, et ce serait bien si tu travaillais ta présence auprès du public.

« Présence » est effectivement le mot magique que je pouvais concevoir de mon opinion. Bien joué, professeur ; la notion de présence nous fait entrer dans un univers plus humain et plus théâtral que l’unité de l’esprit, c’est mon avis.

Souvent, il me propose différentes approches, solutions, et si l’une ne marche pas alors il essaie un autre. Par exemple un jour :

Tu veux trop contrôler ta respiration. Du coup, tu perds le rythme de la phrase, tu t’essouffles, tu passes en apnée. N’aie pas peur de casser les longues tirades, ne fait pas d’exploits. Ton cerveau masculin est beaucoup trop proéminent  sur ton cerveau féminin. Donne confiance à ton corps : lui sait respirer  ! Utilise uniquement ton cerveau reptilien, le plus stupide de tous.

Un peu perplexe qu’on puisse voir tant de cerveaux dans ma tête, je tente l’allure « diplodocus respirant ».

Non ce n’est pas ça, stoppe-t-il. Arrête avec les cerveaux, ils ne  marchent pas. Je vais te montrer autrement ; tâte mes côtes… tu sens des côtes fixes et des côtes flottantes, les côtes fixes sont immobilisées par le sternum, tandis que les côtes flottantes, libres, entourant les poumons, sont plus sensibles à la respiration du corps. Tâte là mes côtes flottantes, je te montre…

…Il respire.

Tu as vu ?… cela rebondi à l’aspiration. À toi… tâte tes côtes flottantes à toi…. tu les as ?… Vas-y !

Je déconnecte mon cerveau masculin fixe…

Mais tu deviens tout rouge, s’inquiète-il ?!
J’ai la tête qui tourne !
C’est un afflux d’oxygène inhabituel pour toi. Tu n’as pas l’habitude, tu pourrais proposer à ton corps cette nouvelle solution en t’entraînant.
D’accord.
La respiration n’est pas optionnelle !… utilise les parfums pour vérifier que l’air passe bien dans le nez et la bouche.
D’accord.
Et fait passer l’air dans toute ta tête derrière ton nez, comme si tu
voulais aérer tout ça. Ça doit faire du bruit, comme ça :
Freeuuuouououoououou….
Breu houhou …D’accord.

Mais, retourné chez moi, j’avais perdu ce qu’était ce fameux bruit que j’étais censé faire, aussi, la fois suivante je lui redemande. Je m’attendais à ce qu’il me le refasse mais, au lieu de ça, il cherche dans ses fichiers informatiques… ne trouvant pas, il cherche dans ses clefs USB… ne trouvant pas il cherche ses CD-ROM, ses disques durs, ses MP3….

Ah ! Voilà ! Enfin ! C’est ça ! Voilà… triomphe-t-il. Voilà le bruit que tu dois faire quant tu entres en respiration pour donner ta voix !

Il lance le lecteur MP3 sur son fichier, pousse les potards à fond sur sa sono… C’est un bruit que je connais bien, mille fois entendu, quand j’écumais les côtes de Bretagne, d’Irlande, d’Angleterre et d’Écosse sur des bateaux à voile : c’est celui des vagues de l’océan qui montent et descendent la terre.

 

Bonus gratuit : 5 mn de cours de voix,

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