Danse et la géographie

Danse, géographie, lecture, improvisation, conférence, anarchie, magasin et Élisée Reclus.

Pendant une semaine, mi septembre, avec les gens du Magasin, j’ai réalisé une conférence jouée à partir du livre de Élisée Reclus Histoire d’une montagne.

Quand je dis les gens du magasin, il s’agit du danseur Mathieu Heyraud, qui m’a accompagné tout ce temps là, et d’autres, anonymes, mais efficaces, soutiens.

Cela fait plusieurs fois que je propose une animation à partir de ce texte. Au début c’était une idée de fainéant : il est plus facile de lire un texte que de l’apprendre par cœur, et comme on lit des textes dans les conférences, alors j’ai pris l’idée des conférences. Et puis au fur et à mesure du temps, ça s’est compliquéenrichi, et là, je l’ai faite de concert avec un danseur, après 5 jours de travail.

On a assez vite abandonné l’idée que j’apprenne à danser 🙂 Que je bouge est possible, mais pour ce qui est de danser, il est très vite apparu que c’était mieux que ce soit le danseur Mathieu qui danse.

Mathieu danse à partir de beaucoup de choses, mais pour cette affaire il a pris la technique de l’improvisation. Associer une lecture avec une improvisation dansée est quelque chose de super sympa, ça favorise l’attention et ça ménage des surprises dans un discours fixe. (ou d’apparence fixe).

Il y a des myriades de techniques d’improvisation. Celle que Mathieu a utilisée, à ce que j’ai compris, se base sur la sensation d’une chorégraphie écrite. Il s’agit une première fois de se mouvoir dans l’espace, en se donnant l’impression que ce que l’on fait est déjà présent. C’est une sorte de jeu passé/présent/futur. Puis, à une seconde fois, on recommence en reprenant de mémoire la même chose à partir des impressions reçues la première fois, c’est encore déjà écrit. Et ainsi de suite. J’ai essayé de le faire moi-même, c’est très intéressant ; et c’est finalement proche des répétitions du théâtre, du moins de ma conception des répétitions du théâtre. Peut être que c’est pour ça qu’on s’est bien entendu.

Décors pour la conférence jouée ; nous avons une conception très épurée des décors.

On a fait ça sur le mode d’une ressemblance de théâtre permanent, c’est à dire que, tous les soirs, on faisait un petit spectacle sur ce que l’on avait fait dans la journée, et, le dernier soir, on a fait le spectacle complet. J’aime beaucoup ce mode de travail, mais ça demande une bonne discipline. Et je ne sais pas si c’est possible dans tous les cas. Mais j’aime bien ce rendez-vous du soir avec le public. Plus d’une fois ça nous a permis de bien avancer, et d’avoir de nouvelles idées.

Par exemple, faut-il parler de conférence, nous a dit un soir un copain. Ne faut-il pas plutôt mettre en avant la notion de lecture ? C’est vrai que c’est la notion de lecture qui me pilote, la notion de conférence n’étant là que pour donner un ton, une posture ; celle du conférencier, donc.

Le travail avec un danseur impose une bonne hauteur sous plafond.

Mais dans ce spectacle la conférence est importante, parce qu’elle personnifie non seulement la lecture, mais aussi la démarche scientifique d’Élisée Reclus qui, très souvent, dans ses observations, fait intervenir un point de vue humain. Donc, si je lâche la conférence, il faudrait que je retrouve un autre point de vue humain. À réfléchir.

Dans les entrailles de la montagne il y a…

La grosse déception est que nous avons eu peu de spectateurs pour la finale. On se sent toujours un peu idiot dans ce cas. Pourtant au Magasin ils ont fait beaucoup de travail de pub (comprenez : de réseaux sociaux), alors je ne sais que penser.

Et pourtant on en a fait de la pub.

C’est vrai, il n’y avait pas de musique. C’était de la danse sans musique. Peut-être était-ce ça l’erreur, cela déconcerte le public ? Pourtant il y avait de la peinture. Pour montrer les éboulis nous dessinions les formes éclatées des pierrailles rejetées de la paroi, que Élisée Reclus décrit si bien. Ou pour montrer l’arrivée du printemps dans la montagne, nous dessinons pratiquement toutes les fleurs. C’est charmant.

C’est vrai, cela peut paraître intellectuel. C’était ça l’erreur, un samedi soir, à l’heure où les gens ont envie de se lâcher… Mais nous n’hésitons pas à parler de crétins, d’imbéciles, d’abrutis. Nous n’hésitons pas à vivre dans notre chair le surgissement d’une humanité difforme, que Élisée Reclus décrit si bien, qui interpelle tant les gens cultivés.

Mais de toutes façons il n’y avait pas plus de 10 places, donc, de toutes façons, « un succès total », « une ruée », cela aurait voulu dire… 14 spectateurs… On les aurait bien acceptés… nous les désirions… Oui question jauge on ne bouscule pas le Zénith. Oui nous avons travaillé une semaine, un spectacle d’une heure et demi, je parle pendant une heure et demi, il danse pendant une heure et demie, pour un maximum de 10 spectateurs. À la base ce n’est qu’un magasin, nous sommes des épiciers, nous soignons la clientèle. Pas de parking autour de nous, c’est uniquement de la proximité…

 

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