Des farces, est-ce vrai ?

J’ai parlé il y a quelques temps de l’atelier farces, à la Comédie de Saint-Étienne : des professionnels de la Comédie ont monté en 8 mois avec des comédiens amateurs (dont moi) un petit spectacle à partir de farces du moyen âge, spectacle qui a attiré 200 personnes en deux jours.

Dans nos discussions d’après-spectacle, nous nous sommes posés la question de comment continuer : se séparer maintenant, alors que nous avons travaillé ensemble plusieurs mois, est-ce vrai ?

Mais on ne peut pas continuer dans le cadre de la Comédie. À ce que je comprends, la politique de la Comédie est de donner un coup de pousse au théâtre amateur, et même souvent plus qu’un coup de pouce, mais pas de s’impliquer dedans. La Comédie avait alloué cette année à ce projet pas moins de deux metteurs en scène professionnels, sans parler des ressources régie ou matérielles. Mais les ressources de la Comédie sont limitées, ils ne peuvent et veulent faire plus. Est-ce vrai ?…

Pour quelques uns d’entre nous, il suffirait de nous mettre à la tâche : la Comédie nous a donné le coup de pouce, les metteurs en scène nous ont donné la trame, et nous ont amené à un spectacle présentable ; encore mieux : nous avons déjà presque une commande ! Pour des amateurs, c’est formidable ! Quelqu’un nous aurait déjà commandé notre spectacle !?… est-ce vrai ? Oui : plusieurs personnes l’ont vu, en tous les cas.

Pour moi, il est complètement illusoire d’imaginer que notre groupe soit capable de mener un projet théâtral quelconque. Personne n’en a la compétence. Il faut que ce soit la Comédie qui continue d’allouer des ressources vers nous, et transforme notre spectacle en un spectacle rentable, et une réussite récurrente, je le dis comme je le pense. Est-ce vrai ?

Mais on me répond que c’est une réussite humaine. Le théâtre, c’est une truc humain. Or une réussite humaine est non reproductible. Une réussite cette année n’est pas forcément une réussite l’année prochaine, avec l’humain. Chaque année doit être un nouveau recommencement, avec l’humain.

Surtout, le problème est que personne ne sait pourquoi la Comédie à alloué cette année des ressources pour un atelier farce gratuit. Un décideur l’a décidé, on se doute, mais ce probable décideur semble avoir disparu.

Chacun s’émerveille de cette chance que nous avons eu de bénéficier de cette étrange décision, que de faire un atelier théâtre totalement gratuit, sur un an, avec deux metteurs en scène de très haut niveau professionnel, sans lendemain. Est-ce vrai ?…

Il est apparu que j’occupais une situation privilégiée (comprendre limite abusive), dans cette chance. Étant le seul à n’avoir pas payé l’abonnement spectacles, normalement obligatoire pour tout participant aux ateliers, je suis le seul pour lequel tout est totalement gratuit. Et en plus j’ai le culot de dire qu’il faut que cela recommence l’année prochaine.

Et les assurances, me dit-on, et s’il s’était passé quelque chose, me dit-on ?… Je clame mon innocence, et ignorance, j’explique ma sincérité, je plaide ma bonne foi, j’expose ma foncière honnêteté… Est-ce vrai ?

… Au Moyen-Âge, les farfelus disaient déjà :

Voici Maître Gilles des Vaux, Rossignol, […], ce bon farceur, qui ont remis à l’honneur les chansons de vaudeville.

Est-ce vrai ?

Ils sont là haut ; ils n’ont fait de mal qu’à la boisson.

Ils ont été admis comme chanteurs de Dieu.

Est-ce vrai ?

Ils sont là haut.

De là-haut ils font des miracles : car Dieu aime qu’on le serve en bonnes chansons.

Est-ce vrai ?

 

 

Un commentaire

  • « Or une réussite humaine est non reproductible ». Je conteste.Inégale oui, dépendante de nous comme de l’instant qui passe, le truc dans l’air ou dans le ventre ou dans un coin des secrets de l’élan vital, oui, certes. Mais pas de limite. Et je trouve ton propos bien, non pas bien du tout justement: injustement amer… Comme une des farces que nous avons jouées: »Qu’importe si l’on nous donne peu ! Riez, chantez et solfiez ; de jour comme de nuit. Ne nous soumettez pas à la chose commune. Notre plaisir seul nous suffit. Qui vit comme il est, mieux il vit. » (BINETTE).
    Qui plus est, selon moi quoi qu’il en soit, on était en plein dans le théâtre: l’éphémère justement, ce douloureux éphémère pour certains, à ré apprivoiser sans cesse

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