Des textes à promenades

Les mots peuvent devenir des spectacles, et un spectacle devenir des mots, pas de spectacles sans mots sauf la musique… dans la série de ce que j’ai présenté ici avec Écrire pour faire bonheurilfautdirequelanuitne  l’intéressant, j’avais proposé à la Cartonnerie d’écrire sur leur mur et que ce soit fait comme un spectacle. Ou une performance, dit-on, je crois, quand on veut avoir des subventions. L’idée était d’écrire tout en longueur sur un mur, attisant la curiosité des passants. Mais les choses nedebutse passèrent pas comme je l’avais espéré : aucun spectateur, sauf des mômes noirs ou basanés qui rôdaient pour me piquer mon portable. Mais plus le texte s’étalait sur le mur et plus ils devaient se déplacer pour voir, plus leur espace grandissait… finalement ils préférèrent être etderipostesmaisleplus600auprès de moi. « C’est de qui ? » « C’est de Mohammed Dib. » « Ah moi aussi je m’appelle Mohammed. » Alors je compris que Mohammed c’était mieux que Jean-Baptiste Poquelin et que sans doute ils me piqueraient plus mon portable. Et même après que je sois parti mon texte premandepeint continuait de susciter la curiosité, de forcer la promenade des passants. Je l’avais pourtant écrit à la gouache, pour que la première pluie l’efface. Mais la première pluie n’a rien effacé du tout, ni les suivantes ; la gouache est plus résistante que je pensais, et le texte continuait deilspartirentjamaistraverseene²faire spectacle (à interroger, dit-on quand on veut avoir des subventions) même en mon absence. Du coup les personnes de la Cartonnerie et moi on a décidé de travailler ensemble. Et même « Cela permettra peut être de lutter contre les graffeurs« , argumentent les responsables…empecherontVoilà un nouveau débouché auquel je n’avais pas pensé. À la Cartonnerie ils ont un super stock de peinture acrylique alors j’ai pris ça au lieu de la gouache, qui couvre difficilement le mur je trouve. Et j’ai recommencé, en collaborant avec d’autres artistes (pour l’instant on a convenupeutetreque chaque artiste s’occupe d’une couleur, car il faut bien se distribuer les rôles)… Mais qui, des mômes, graffeurs, passants, artistes ou financeurs, réussira le premier à piquer le portable ?

L'espace de la Cartonnerie

La Cartonnerie (en été)

2 commentaires

  • Je trouve belle la peinture des murs de fond, car pas narrative, juste suggestive, un peu onirique et globalement pas d’insistance figurative ou formelle pour kidnapper l’attention, une compagne idéale, quasiment, pour une phrase : elle est de toi ou ce sont des restes de tag et d’affiches ?
    A la fin de l’article je crois qu’elle est le fruit d’une collaboration : peut-être peux-tu préciser ? Merci d’avance !

    • Bonjour Carole

      Oui, c’est une mini collaboration : une autre personne fait tout le fond noir, et moi je fais le texte.

      Par exemple j’ai fait une ou deux fautes d’orthographe (à ma défense j’étais frigorifié), et mon collègue doit repasser une couche de noir dessus pour les effacer que je puisse reécrire.

      Nous discutons aussi beaucoup sur ce qu’il est possible de faire comme graphismes sur les murs de la cartonnerie. En effet il sait faire bien d’autres choses que des grands aplats noirs 🙂 Notre sujet principal est en gros « Comment faire pour que les tags sauvages ne prennent pas le dessus sur la vie de quartier ?  »

      À ton service pour toute autre question-réponse.

Ajouter un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.