Dit

De Le Fantastique Dictionnaire
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Quelques fois, un type ou une nenette vous parle sans vraiment de raison et vous raconte d'un coup une histoire, souvent quelque chose de vécu, sans forcément s'en rendre compte, comme s'il avait touché une impulsion intérieure. Vous avez l'impression qu'il vous donne une histoire. C'est fortuit.

Voici quelques unes de ces histoires, le plus brut possible, mais forcément avec diverses interprétations de ma part, avec la transcription de l'écrit, puisque à l'origine elle sont données oralement, entre deux portes.

À l'amicale on y danse

À l'attente à l'arrêt de bus Gustave Delory, une petite vieille, de l'ordre de 80 ans :

Quelle chaleur ! Aujourd'hui ce qu'il fait chaud !... et vous, ça va ? Mais je pars toute l'après-midi. Je vais à l'amicale [incompréhensible], on fait la coinche. Hier j'étais à l'amicale Chapelon, c'était vraiment bien. On a dansé toute l'après-midi. C'est exceptionnel que l'amicale Chapelon soit ouverte le dimanche, c'était vraiment bien. Ici à Montreynaud il n'y a rien, on est au courant de rien, il n'y a pas de commerce. Mais, aussi, à l'amicale du Crêt-de-Roc on y danse, oui, on y danse tout le temps !

... et le bus arrive. À bientôt, madame.

Êtes-vous professeur ?

C'est le charme de Saint-Étienne... Cela arrive régulièrement : un type, sorti de nulle part, m'aborde dans la rue sans aucun préambule et me parle.

- Êtes-vous professeur ?... non ? vous êtes comédien ? Ah ? Il faut savoir que, au jour d'aujourd'hui, tout le monde est comédien. Moi aussi. Ma femme me le dit : "Tu es comédien". C'est vrai : je viens du pays de Pagnol. Alors le théâtre je connais. Ma femme me le dit. Les Bourvil, les Louis de Funès, les Raimu, n'avaient pas tellement de talent, ou un talent normal, mais ils s'y sont mis et ils ont réussi. Donc vous voyez. Pour tout le monde c'est pareil. Voilà, bon, voilà. Merci monsieur, au revoir.

Et il disparaît aussi vite qu'il est apparu.

Je n'avais même pas eu le temps de reprendre mes esprits qu'un autre homme apparaît et m'interpelle encore :

- Êtes-vous chauffeur de bus ?
- ?
- Je voulais prendre le bus 14 mais il y a marqué "TRAVAUX" !
- Ah ?
- Savez-vous si le bus 14 passe !
- Je l'espère : je vais le prendre.
- Mais savez-vous s'il passe ?
- C'est sans doute pour les travaux du nouveau tram ; ce n'est pas pour ici.
- J'ai attendu un peu mais j'ai vu passer un bus dans l'autre sens ?
- On arrive à l'arrêt. On va regarder les horaires sur le panneau.
- Mais les panneaux ont été vandalisés. On ne peut rien lire.
- Heu oui c'est gênant.
- J'ai dans mon sac un prospectus. Mais il est à l'envers.
- Oui sans doute.
- Ah ! Regardez ! Voilà justement le bus ! Quelle chance ! Sauvé !

Et il monte dans le bus sans plus me dire autre chose.

Pourquoi vous font-ils venir

Relevé à l'occasion de Villes#1 La Cotonne du Collectif X.

J'étais en conversation avec un homme à un abribus en train de lui expliquer les merveilles du projet Villes# en vue de lui demander un entretien (ça échouera complètement), lorsqu'une femme est arrivée pour attendre le bus. Par galanterie nous lui avons proposé notre place assise, mon interlocuteur étant plus vif que moi, elle a accepté et s'est assise à sa place, c'est à dire à coté de moi. Elle a alors commencé à parler.

(Retranscription de mémoire, juste après)

- Je viens du social ils ne pouvaient rien pour moi c'était pas la peine que je vienne je vais rentrer par le bus je peux pas payer mon ticket tant pis je suis venue à pied à quoi bon ? Ils vous disent qu'ils ne peuvent rien pour vous, pourquoi vous font-ils venir ? Ça sert à rien, je ne veux pas faire la manche, j'ai trop honte.
- (l'homme) Mais si c'est pour manger, c'est normal, quand ça se justifie, moi je donne 5 ou 10€ pour manger, il faut le faire. S'il y a des contrôleurs ils comprendront, c'est évident.
- J'ai demandé à ma mère 10€ pour faire quelques courses elle ne peut pas me les donner, à qui puis-je demander ? Je ne connais personne je ne peux pas me ettre dans un coin et faire la manche. Avant ce soir il faut que je trouve 10€ pour quelques courses sinon je ne peux pas, je ne paierai pas le bus pour aller chez moi, si le contrôleur passe tant pis, à quoi tout cela sert-il ? Je lui dirai que je n'ai rien, et ce n'est même pas moi qui ait voulu venir, à quoi bon ? Je suis allé au CCAS il peuvent rien je suis allé aux assistantes sociales... Ils me disent chercher un boulot mais c'est fait, j'attends les réponses ! Les restos du coeur ils vous disent de passer tous les 15 jours, mais ce soir qu'est-ce que je fais ?
- (moi) Et vous habitez dans le quartier ?
- Non j'habite vers Villeboeuf (crois-je me souvenir)
- (moi) Depuis longtemps ?
- Non, depuis trois mois, ma mère est à La Réunion, je viens de La Réunion.

Le bus arrive, elle monte dedans avec l'homme. Je reste.

- (moi) Bon courage.
- J'en ai besoin.

Le bijoutier de Chambéry qui n'est pas en Californie

Une bien étrange rencontre, à Grenoble, avec un homme qui m'a appelé dans la rue, alors que j'y marchais simplement, et dont je me suis retrouvé incapable de noter les propos tant il y avait de choses incohérentes qui partaient dans tous les sens.

J'en ai juste sorti un twit du jour, tout aussi obscur probablement :

<embed>https://twitter.com/herv42/status/868910590479282178</embed>

Même si c'est incompréhensible je suis bien content parce que il rassemble les fondamentaux de l'exercice : réceptivité à l'idée, à un événement qui apparait, en faire un texte lanceur, une photo qui saisit le lieu où l'on prend conscience de l'événement (ici, quelques minutes après), et voilà.

Mais était-ce un fou, un punk à chien, un évadé de l'asile !? Pas du tout ; c'était un homme bien mis, presque classe, beau costume, qui déambulait dans les rues à Grenoble, ruminant, appelant au secours mais si dépassé par les catastrophes qui lui arrivaient qu'il était comme assommé, qu'il ne demandait plus rien...

Je n'ai pas réussi à tout mettre de ses paroles dans le twit ; à mon grand désapointement, il manque :

  • La ville de Chambéry ne se trouve malheureusement pas en Californie.
  • Heureusement car il devait s'y rendre immédiatement, mais on lui avait piqué toutes ses clefs, tout son fric, toutes ses bagnoles
  • Il craignait que ça soit pareil pour sa bijouterie à Chambéry, qu'on lui pique tout, voilà pourquoi il devait s'y rendre sans délai. (quand même, un minimum de logique).
  • Sa fille venait de se marier grâce à un pasteur qui a dit une messe. (pour les ignares en religion, un pasteur ne dit jamais de messe).
  • Grenoble est une ville totalement déserte

Il est reparti aussi aussi vite qu'il m'avait abordé, me laissant dans la plus totale perplexité.


Un jeune boulanger en recherche de travail

J'étais assis un dimanche ensoleillé à un abribus à Montreynaud, lorsqu'un jeune s'est mis à me parler... le texte est un peu en vrac et très résumé, il m'en a tellement dit !

Les horaires Stas ne sont pas bon pour les boulangers. J'ai failli me faire virer à cause de ça. Je prenais le tram à 4 heures du matin, mais j'ai une dent contre la Stas.

C'est pratique de prendre le bus ; avec une voiture, l'essence ça coûte beaucoup plus cher, sans parler des accidents.

Je cherche du travail dans une boulangerie de quartier, une boulangerie artisanale. C'est là qu'on apprend le métier. Il y en a encore, heureusement. Ça, et des points chauds, mais il y a trop de points chauds.

Il y a 4-5 ans il y avait un boulanger à bout en bas de Montreynaud qui devenait fou et qui ne pouvait plus payer ses factures alors il a tué sa vendeuse (note : la personne qui lui avait vendu la boulangerie) à qui il devait des arriérés, et il a fait disparaître le corps dans un tonneau d'acide qu'il a jeté dans la forêt. Les policiers l'ont retrouvé parce qu'il restait une petite flaque d'acide dans la boulangerie, qu'il ont fait renifler à des chiens, et ainsi les chiens ont pu retrouver les restes du corps en forêt.

Les journaux ont bien rapporté le crime, de façon un peu différente, mais tout aussi horrible. Voir « J’ai tenté de la faire partir, puis j’ai pris le pied-de-biche et j’ai frappé » et Vingt ans de réclusion pour le boulanger de Saint-Etienne. Bon dimanche...

Chat au milieu de la route

Un chat assis au milieu de la route, dans le quartier de Côte-Chaude, à Saint-Étienne. Une dame :

- Mon chat me donne bien du souci, je dois le nourrir et m'en occuper toute la journée. Regardez-le, assis au milieu de la route, il va se faire renverser, à croire qu'il le fait exprès ! Va-t-en, veux-tu bien t'en aller ! Mais ça me fait de la distraction dans la vie... toute la journée je dois m'occuper de mon mari qui est malade, je ne peux jamais sortir, heureusement il y a mon chat. Et on est quatre copines, avec chacune des chats, on se soutient. Mais le voilà qui se remet au milieu de la route, et j'entends une voiture qui arrive prfft ! Va-t-en ! Va-t-en vite !