Dieu à l’animation du quartier Jacquard

Depuis quelques temps j’essaie de travailler avec des auteurs locaux et vivants. Cela fait déjà longtemps que je les rencontre, par des sessions slams, ou par diverses associations de poètes, et j’ai remarqué qu’il y avait beaucoup de choses intéressantes parmi eux.

Aussi, quand Paul, entre autre poète, se mit à chercher un lecteur et un musicien pour faire un spectacle à partir d’un de ses textes, je me dis qu’il fallait saisir l’occasion. Pour la musique, il trouva Sébastien, pianiste.

Paul avait écrit un texte philosophique sur Dieu, à propos duquel il réfléchissait depuis de nombreuses années. Il considérait que son texte, dieu sait pourquoi (justement), pouvait participer à l’animation du quartier Jacquard, dans lequel il habitait. Dans ce quartier, le Centre Musical Massenet nous accueillit, et nous y fîmes répétitions et spectacle, dans une ambiance super sympathique.

Au départ Paul était très inquiet que son texte soit trop long. Mais, peut être rassuré par les premiers essais, il ajouta encore plusieurs pages, histoire de développer encore sa pensée.

En lisant faites bien les liaisons, me disait-il. Vous ne faites pas bien les liaisons. N’avez-vous pas appris à faire les liaisons au cours d’Art Dramatique ? Un texte est beaucoup plus joli quand il est lu avec les liaisons.

Et je me suis astreint à faire gaffe-t-aux liaisons.

Je suis toujours méfiant, pour ne pas dire plus, des associations musique/texte, mais là je dois dire que ça c’est bien passé. On a réglé les enchaînements musique/lecture, on a réglé les phases où musique et voix étaient simultanées, et où ils étaient séparés ; il y avait même du chant. Par un consensus général, après diverses tentatives, je ne devais chanter que sur les phases humoristiques.

Sur les autres phases, ne chante pas, cela sera mieux ! Invite le public à chanter, oui, mais surtout ne chante pas toi même. Fais la lecture seulement. Et ne tape pas dans tes mains, tu ne tapes pas dans le rythme, on n’a jamais vu ça ! Vous n’apprenez donc rien de la musique au cours d’Art Dramatique !? Invite le public à taper dans ses mains, mais ne tape pas toi même.

Et c’est ce que j’ai fait. Et ça a marché. Le public a chanté, le public a tapé dans ses mains, en rythme, lui. Curieuse magie de la théâtralisation.

Paul était attentif à voir comment vivait son texte à travers la voix et la musique. Il nous laissait assez libres, sauf sur les parties qui exprimaient ses convictions ; il voulait que ces passages soient lus sérieusement. Mais finalement c’est la qualité du travail musical de Sébastien qui emporta sa… conviction.

J’ai l’impression de ne pas avoir fait trop de boulettes pendant le spectacle – 45 minutes de lecture tout de même, sur un durée totale d’une heure. Paul était quasi en pleurs à la fin. Sébastien s’est défoncé sur son piano. Et le public (25 personnes environ) a applaudi, c’est quand même le pied de faire des spectacles dans ces conditions.

Maintenant, ma vie, c’est un peu ça : que l’on se demande ce que j’ai bien pu foutre au cours d’Art Dramatique.

 

2 commentaires

  • Les liaisons ! Oui, les liaisons ! Mais ça complète tellement bien le trio :
    l’auteur, le lecteur, le musicien.
    Emerveillons-nous de la réussite de cette rencontre de trois personnalités si différentes.
    L’auteur a le droit de croire que son texte est super. Mais il sait aussi qu’il est
    merveilleusement bien servi par une voix qui a beaucoup plus aux premiers spectateurs
    et magnifiquement souligné par une musique gaie quand il le faut et vigoureuse aux autres passages.
    Quarante minutes qui font une heure c’est nouveau mais ce n’est que du plaisir

  • Bravo ! Ce fut une soirée magnifique ! A refaire
    Merci
    Nicole

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