Du sexe, du vrai

Un jour dans le quartier où j’habite un jeune niveau collège m’interpelle :

Monsieur, monsieur monsieur, s’il vous plaît dites-moi une poésie d’Ammooooouuuuuuuuurr.

J’essayais :

Je veux dédier ce poème / À toutes les femmes qu’on aime / Pendant quelques instants secrets

NNOOOOON, coupa-t-il, PAS çaAAa, allooooonns, vous savez bien de quoi je parle  Allééééé monsieur, vous savez, vous savez le a-a-aaammmhhoooooouuu-ou-ou-ou-rrrrrrr.

– C’est à dire que vu que je présente des poésies à tout le monde, je dois rester correct.

Mécontent (à juste raison), il prit un air de terreur du Maghreb.

– Non mais vous vous moquez de moi ? Vous savez de QUOI JE PARLE ! Mentez-pas. JE VEUX une poésie de SEXE ! Les poètes SAVENT ce que c’est, à votre âge ! Les poètes se la donnent grave, JE LE SAIS, me racontez pas d’histoires ! Moi AUSSI je veux que vous me dites une poésie de cuuuul !

J’étais loin de m’imaginer que j’étais devenu un sex-symbol avec mes histoires.

– Vous allez voir, continua-t-il d’autorité, je vais vous en faire une de poésie, MOI, attendez : « Lorsque ton cul… / M’est apparu… » VOUS VOYEZ J’Y ARRIVE ! ça rime « cul » « ru » ça rime !

– Effectivement, admettais-je par diplomatie, c’est encouragement. Il n’est pas aussi facile qu’on le croit de faire une rime avec « cul ».

– Vous meeentez ma mère, je suis dégouté. Haaaaa c’est pas beau ce que vous faites. Un type avec de la culture comme vous vous voulez RIEN DIRE.Ça me blase.

Et il continue sa poésie :

– Ma beeelllle tu m’ensorceeeeelllles avec tes seeiiiiiiins oh OUHAHOU je maaannge tes seiiiiiiiins Je BAANDE comme un MAlade, je rentre dans ton Sexe, ran ! je lèèèèèèche ton seexe shlurrpp shhhluuuuurppp…

Il lèche.

– Tu gémis ! Tu cris ! Tu pleures, ma chériiiiiiiie oooh mon aimééee ma fleur OOOOOHHH ma rOOOse c’est bon nous deeuux ensemmmmble, et j’EXPLOOSE, ploooooooose, EXploooooooooooooooose

Il explose.

– Nous montons au ciel ton cul c’est la lune ma bite le soleil je chauffe ! Tu t’ouvres comme une galaxie d’amour ma grosse tu bois ma voie lactée je cris comme un COCHON nous nous embrassons nous nous baièèèèsons, nous disparaissons, nous… et voilà voilà et voilà voilà et alors il jaillit il jaillit… un bébé ! un bébé ! Ouais ah ! ah ! un petit enfant ! M’sieur j’suis papa ! ouais ah ! ah !

– Mes félicitations, lui dis-je, un peu étonné d’un dénouement aussi rapide. Bravo à la maman, tous mes voeux de bonheur.

– Ouais j’suis papa ! ah ! ah ! Ouais j’suis papa ! ah ! ah !

Revenant de sa surprise, il redescendait petit à petit sur terre, rayonnant encore de bonheur comme si c’était vrai. Et puis il s’échappa en courant.

Merci m’sieur.

De rien, grand. Il te reste à dire tout ça à une fille.

 

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