Écrire pour faire l’intéressant

L’acte d’écrire peut devenir un spectacle en soi.

Habituellement, un auteur écrit, puis quelqu’un, un metteur en scène par exemple, exploite cette écriture pour des spectacles. Mais il est possible que l’écriture elle même devienne spectacle.

Vite, un exemple, car sinon je crains de perdre des lecteurs.

Par exemple donc, écrire du texte sur le sol, dans une rue passante, avec de la grosse craie.

J’écris et, comme c’est assez gros, les gens sont obligés de se déplacer au long du texte pour lire, et de marcher dessus.

Je choisis des textes assez longs ; de toutes façons, si le texte est trop court, les gens ne s’arrêtent pas.

Mais quand je dis un texte long, c’est seulement… 10 lignes de bouquin, c’est largement suffisant. Cela m’occupe une bonne demi-heure à écrire par terre.

Pendant que je suis présent, cela établit un espace de rencontre entre moi et les passants, grâce auquel il est possible d’embrayer vers d’autres choses.

Je le fais avant tout pour cette rencontre, je ne donne aucun caractère persistant au tracé. Ainsi j’utilise la craie, qui s’en va à la première pluie ou au premier nettoyage, et non des peintures fixes. Je ne fais aucun travail graphique particulier sur les lettres (de toutes façons j’en suis incapable), je reste complètement frustre ; je me concentre sur l’occupation du territoire. Par contre, je fais gaffe à ce que le texte soit correct, que n’importe qui soit susceptible d’avoir envie de le lire.

En général, pendant quelque temps personne ne s’arrête, puis soudain une dizaine de personnes regardent, marchent, avancent, reculent sur le texte, lisent, repartent, et ça recommence.

Les textes utilisés sont, pour la première photo, un texte personnel, et, pour les suivantes, de Mohammed Dib (la route est semée d’embûches dites-vous le livre des vents…)

Au lieu d’écrire le texte par terre, il est aussi possible de le faire sur de grands cartons. La rencontre fonctionne aussi ; je le dis parce qu’un jour un photographe m’a rencontré par hasard… à ce moment là il a fait des photos, comme c’est un photographe 🙂

L’idée du carton fait plus affiche, musée. (et surtout physiquement parlant c’est moins pénible que d’écrire par terre).

Pour aller plus loin, il n’est même pas nécessaire que le dessin par terre soit du texte : dans la photo présentée à coté, on voit que j’ai fait un simple enchevêtrement de ronds, toujours à la craie.

Ici, comme évidemment les gens ne vont pas s’arrêter pour lire des ronds, si je veux les rencontrer je dois être plus actif dans leur appel ; je dis, par exemple, à ceux qui arrivent : « Mesdames messieurs attendez je vais faire un spectacle dans 10mn dans ces ronds ! Asseyez-vous !  »

Mais j’aime bien l’approche avec texte car, tout en étant très théâtrale, elle est beaucoup plus douce dans le rapport avec les gens. Elle ressemble à celle d’un artisan, dont le travail consisterait à écrire… Est-ce qu’un artisan, c’est intéressant ?

2 commentaires

Ajouter un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.