Écrire toujours la même chose

Il s’agit d’écrire quelques mots sur des feuilles que je vais coller ensuite sur les murs en ville ; la première expression que j’ai choisie est tout est riquiqui.

C’est le début d’une idée à partir de choses qui me font beaucoup réfléchir, mais que je ne sais pas comment elles fonctionnent.

J’ai choisi l’expression tout est riquiqui parce que avec un pinceau elle est facile à dessiner, et aussi parce qu’elle est populaire. Oui, je dessine, avec un pinceau, au lieu d’écrire avec un crayon.

Une des premières tentatives.

Concevoir l’écriture comme quelque chose de dessiné ? J’avais déjà réfléchi à des trucs comme ça, comme peindre un texte sur toute la longueur de la Cartonnerie (voir Des textes à promenades), ou bien écrire des textes sur le bitume avec une craie (voir Écrire pour faire l’intéressant), mais cela faisait longtemps que je n’avais rien fait en ce sens. Et puis, je m’y suis remis, sur une approche complètement nouvelle, lors de Ici Bientôt, pendant la biennale du design.

J’ai donc démarré la recherche. Quelle peinture ? (j’ai commencé avec l’encre de chine, mais je suis vite passé à l’acrylique) quel papier, quelle colle, en combien d’exemplaire, en quel format ?

Je cherche l’industrialisation, mais sans que ce soit tout le temps la même chose. L’industrialisation, parce que ça me met dans une sorte d’abondance, voilà, il y en a beaucoup, c’est disponible, on peut même en abîmer un c’est pas grave. Je n’aime pas les œuvres d’art uniques fières de leur rareté. Mais ce n’est jamais tout à fait la même chose, parce que je le fais à la main ; grâce à la main, la répétition induit une variation, variation qui, je l’espère, formera évolution.

Quand je dis industrialisation… les quantités ne sont pas astronomiques… j’en fais une dizaine… D’abord je commence par des petits, je fais une dizaine de petits, puis je passe à une dizaine d’un peu plus gros, et de plus gros, et puis ça suffit pour cette fois.

Mon papier, c’est du papier peint, et ma colle c’est de la colle à papier peint, donc tout s’en va avec de l’eau chaude. Pas question que je me mette à faire des tags durables impossibles à enlever, au contraire, ça s’enlève presque avec le vent.

J’ai commencé pendant la période Ici Bientôt biennale du design 2017, quand il y avait plein de monde. Et j’ai vite compris que je faisais quelque chose de porteur, parce que les personnes autour de moi ont arrêté leur boulot pour m’aider à la production, qui avec un feutre, qui avec un stylo bille, qui avec un reliquat de stabylo, chacune dans leur propre style !

Un « tout est riquiqui » issu de l’éducation populaire spontanée

Et chacun de commenter l’espèce de sérénité que la peinture lui apportait.

Il y a des gens, pour trouver le paradis, ils vont dans l’Himalaya, ils accomplissent des pèlerinages, font brûler des camions de bougies ou s’imposent des modes de vies de caractériels ; mais finalement il suffit d’écrire plusieurs fois la même chose, dans son bureau, pendant une pause.

 

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