Le journal mural jaune orange vert

Faire un journal mural dans la rue en décembre n’est pas une idée très ingénieuse : personne n’a envie de s’arrêter lire dans le froid ou sous la pluie. À partir de 17h la nuit arrive et sauf à avoir une lampe de poche on ne peut rien lire. Il faut une semaine au moindre point de colle pour coller tant l’humidité et le froid se liguent contre les réactions chimiques.

Mais j’aime bien l’idée. Je pourrais faire un journal mural en plein blizzard je pense. Je trouve que ce mode d’expression anime une rue, un quartier. Il est un moyen, simple et peu onéreux, de proposer des histoires et des espaces différents, quelque chose d’artistique. Avec lui je lutte contre la pub, contre tous ces messages abscons diffusés à coup de millions. Il permet de sortir de l’envahissement numérique.

Il fallait lui donner un titre : j’ai choisi L’Amie de la ville, parce qu’il a démarré dans le cadre d’une animation nommée L’Âme de la ville. Donc âme -> amie, cela se comprend.

J’en avais déjà fait un à cet endroit (et ) : rue de la ville, sur la vitrine de l’ancien magasin Alimentation générale ; je l’avais appelé Le crayon d’ville.

Pour cette amie de la ville, je suis parti sur quelque chose de plus littéraire, de plus écrit. Avec le premier, j’avais essayé quelque chose de plus divertissant. Il y avait des jeux, des gros titres… mais ça demandait un gros effort graphique, et en ce moment j’avance plutôt dans l’écrit. Donc, pour ce nouveau journal, je présente des textes un peu plus longs, écrits un peu plus petits. Et question graphique je suis parti pour l’écriture manuelle sur des feuilles de kraft colorées jaune, orange, vert. (et blanc).

Au lieu de maintenir les feuilles par des patafix comme le premier, je les arrime avec de la colle à tapisserie sur la vitrine. Ça donne un aspect plus stable (quand ça sèche). Ça évite surtout que tout soit détruit en 2 secondes par le premier grincheux venu. On est dans la rue, hein.

Régulièrement je mets de nouveaux textes, que je colle sur les premiers.

Sur le bas de la vitrine, comme c’est difficile à lire à moins de se courber, je place des expressions sans queue ni tête, issues en général des idées de Graff sur kraft en rue.

Au niveau des textes je fais de la récupération.

Ma première source, c’est des textes que j’ai déjà écrits. Par exemple le préhistorique Hop dehors. Je recase les textes construits avec le Collectif X, lors d’engagements autour du théâtre dans les différents quartiers de Saint-Étienne.

Mon Fantastique dictionnaire s’avère être une prodigieuse source d’inspiration et de réalisation.

Lorsque j’ai écrit Patience au café, directement dans le café, je n’imaginais pas une seconde qu’il soit autre chose que des notes pour aguicher la mémoire. À vrai dire je me faisais un peu chier dans ce café. Mais je l’ai repris très facilement, transformé, changé le titre en Café vide, et ça donne, il me semble, un joli truc. Finalement c’était un café très intéressant.

Pareil pour le texte Plein de femmes un docteur : c’était pendant un examen bénin dans une clinique, sauf que quand on écrit sur un lit d’hôpital on n’imagine pas forcément la suite, aussi bénin que soit l’examen ! Et voilà qu’ensuite, (j’ai survécu), ça m’a paru jouable de le publier. Ça pouvait plaire, les passants pouvaient y trouver une façon d’exprimer les choses, un divertissement, réfléchir et trouver d’autres choses.

Donc, le principe du Fantastique dictionnaire, qui associe atelier d’écriture, photo, wiki, publication, et dictionnaire bien sûr (ça devient fantastique automatiquement), se confirme être une formidable machine à fabriquer des petits textes.

Je récupère aussi des textes du Saintézine. Ceux-là, ils ont été relus et corrigé mille fois, dans mille ans ils rouleront toujours.

Et puis, j’ai le plaisir d’inventer des nouveaux textes, dans l’ambiance de la rue de la ville ! Pour l’instant, un seul : Le Coiffeur cathédrale. Hé ! Hé ! je suis assez content de celui-là, mais pour l’instant il n’est lisible que sur L’amie de la ville.


Et il y a les histoires de madame Serfouette ! (qui n’est nulle part sur le web pour l’instant). J’avais inventé ce personnage, stéphanoise, pour Le Crayon d’ville. Mais quelqu’un avait tout arraché avant que je puisse l’afficher. Et puis, ce personnage a intéressé le journal Hors Ligne, mensuel super-pro, alors j’ai inventé deux autres histoires. Et maintenant je les affiche sur L’Amie de la ville. La littérature, pour moi, c’est une marchandise.

Et les informations exclusives de Il vaudrait mieux que tout soit faux, évidemment je les récupère. Je reprends les photos avec le logiciel Inkscape et ma tablette graphique, j’invente des compléments pour enrichir l’information, je la photocopie, je mets un fond d’acrylique diluée, donnant un aspect aquarelle, je colle tout ça sur le journal mural !

J’ai aussi collé un texte d’Antonin Artaud, histoire de montrer que j’ai de bons collaborateurs. Commentaire d’un passant : Attention à ne pas confondre avec Florence Arthaud.

À Saint-Étienne dans la rue c’est du spontané. Et puis, si les femmes y deviennent plus célèbres que les hommes…

 

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