La mise en scène des décors

Dans mes petites affaires de tentatives de théâtre de rue, je m’occupe de plus en plus de la question du décor.

Au cours d’une opération dans la rue je prends cartons, palettes ou autre, jetés dans les poubelles. Je les transforme pour faire mon décor, les peins, ou autre, directement dans la rue, devant tout le monde. Je fais mon petit cirque et puis je remets tout à la poubelle quand j’ai terminé, tout ça dans la rue.

Et surtout je montre que je fais ce que je fais : je mets en scène ma décoration, je mets en scène que je me mets en scène, si on me voit pas je me fais voir, jusqu’à l’absurde.

Le résultat artistique pour ce qui est du décor est plutôt médiocre, je dois le reconnaître. Mais le résultat public est formidable : j’ai du public, tout simplement. Et même avec cette technique c’est le public qui me fait avancer, et non plus moi qui fait avancer le public.  Aussi, de plus en plus, je procède comme ça.

Comme je l’avais vu avec les saltimbanques à La Rochelle, il s’agit d’abord de mettre en avant le fait qu’il va y avoir un spectacle. Les manipulations ne visent pas tant à faire un décor, qu’à manifester un évènement, une promesse.

Pour cela, je reste toujours (du moins j’espère) en situation tonique. J’essaie de reproduire ce qu’on avait fait l’année dernière avec My Mobile. Je change 50 fois une boîte de place, je redéssine toujours le même trait, toujours avec le maximum de précaution, comme si c’était un trésor ; j’invente des mondes, aussitôt détruits ; je prends des poses, aussitôt disparues.

Par contre, ce qu’on ne faisait pas, et que je fais, est que je m’adresse directement aux passants, le plus tôt possible ; à leur passage j’entame la conversation, je commente. Certains passent (ce sont des passants de toutes façons), quelques uns restent un peu.

Je ne donne aucune explication, ou des justifications absconses, je reste dans l’absurde : « Oui, c’est un spectacle, asseyez-vous…« , « Trouvez une chaise…« , « Patientez 10 minutes…. Et bien sûr je ne fais aucun spectacle, je trafiquote sans fin mon trésor de décor, je suis sans cesse débordé par un objectif précis invisible. Tout est bon pour l’inutile.

Et au final il n’y a rien, ou pas grand chose. Ou si… il y a des spectateurs ! Et même des manifestants : ils veulent m’aider, pour que ça aille plus vite !

Ainsi il arrive qu’ils s’enduisent les mains avec ma peinture (heureusement, de la gouache) pour faire des empreintes de leur mains comme les dessins préhistoriques, il arrive qu’ils chantent pour attendre, il arrive… ils utilisent mon absurde pour exister.

Et si je veux faire mon spectacle je me retrouve à devoir mettre en scène non seulement le décor, mais encore le public lui même. Là, j’ai plus de mal.

Heureusement, le public me donne des conseils. Nous discutons de la meilleure solution. Il prend mon chapeau, pour faire la quête à ma place. Il monte sur ma palette, il m’invite à boire. Il téléphone à ses copains, pour qu’ils viennent. Il applaudit.

Là j’ai nettement plus de mal à contrôler la situation, même devant à peine une dizaine de personnes ; c’est encore peu, mais déjà ils crient plus fort que moi de toutes façons.

Heureusement je commence à avoir de l’entraînement. J’ai moins peur du simple regard, je peux dire aux gens de reculer s’ils viennent trop près, et j’arrive même à avoir le sens de la répartie, j’arrive à m’adresser aussi bien à un groupe qu’à une personne.

Alors je fais mon spectacle, pauvre spectacle 🙂 qui doit durer 5mn à peine. J’ai quelque mal à gérer la différence promesse/spectacle. Mais au moins j’arrive au bout. Et le public est content. C’est un évènement dans la soirée, dans la vie, même ; il faut recommencer, me conseille le public.

Et puis je souffle un peu… et puis je recommence. À la fin je ramène tout le « décor » à la poubelle où je l’ai pris, et puis voilà, c’est terminé pour cette fois… cela recommencera une autre fois.

2 commentaires

  • Comment on écrit un sourire? C’est chouette Hervé ça me plaît cette idée

  • Alors là là là chapeau l’artiste, c’est lumineux… lumineux. Oui, reste à régler la gestion du temps et du décalage, qui en même temps est cependant un parfait acte théâtral de par sa définition de renversement de situation qu’on ne pouvait prévoir. Je pense soudain à Gad Elmaleh qui écrit un sketch en direct avec le public grâce à la technique dite du « cadavre exquis ». Et je t’imagine décliner un Baudelaire ou tout autre texte en VERS CLASSIQUES pour que public trouver la rime suivante, que tu noterais avec application et après tu dirais la version initiale et puis celle réécrite par les gens…Mais bon,c’est peut-être pas là ton souhait mais tu vois, tu m’as eue: je rêve à mon tour

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