La montée du conférencier à Montaud

Tous les étés, l’association des Moyens du bord organise des petits spectacles en plein air dans son jardin ouvrier de la colline de Montaud, à Saint-Étienne, et ils m’invitent régulièrement.

Cette année c’était l’occasion de refaire ma conférence théatralisée à partir du texte d’Elisée Reclus, Histoire d’une montagne, dont j’ai déjà parlé ici, , et . L’idée commence à se roder maintenant.

Mais les jardins se trouvent en hauteur, au bout d’une route sérieusement en pente qui aboutit à un cimetière, puis il faut crapahuter à travers les petits chemins pour rejoindre une zone de jardins familiaux en restructuration, comme on dit chez les gens qui causent. L’un de ces jardins est cultivé par l’association, où elle a installé un petit théâtre de plein air. Dans ce théâtre, les loges, c’est la cabane du jardinier, hi ! hi !

N’ayant que mon vélo pour circuler, je rassemblai tout mon matériel dans mon sac à dos, et montai avec là haut, pensant que j’aurais le temps de me reposer de l’effort.

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Mais voilà ! Arrivé en haut je m’aperçois que j’ai oublié quelques éléments du costume… oh ! je n’ai pas grand chose, même pas de cravate, puisque dans un jardin, même pour une conférence, je trouve qu’une cravate est déplacé, mais voilà il faut au moins que je peigne mes cheveux, il faut quand même une chemise correcte… je redescends.

Et je remonte.

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Mais voilà ! Arrivé en haut je m’aperçois que j’ai oublié mon matériel de dessin : des craies que j’utilise pour illustrer ma conférence. Et oui, je dessine aussi !

Par exemple, je dis :

Des fleurs en multitudes diaprent les prairies : ici, ce ne sont que des renoncules, ailleurs que des anémones ou des primevères jaillissant en bouquets ; plus loin, la verdure disparaît sous le blanc neigeux du gracieux narcisse des poètes ou sous le lilas du crocus… (Élisée Reclus, Histoire d’une montagne)

… je dessine tout ça, absolument, avec des craies et sur un tableau, comme un bon professeur. Je redescends.

Et je remonte !

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Complètement épuisé, j’entame ma conférence.

Heureusement le public des moyens du bord est très convivial ! C’est un public constitué de bric et de broc par bouche à oreille, il est tout aussi bien attiré par la bonne bouffe traditionnellement promise après le spectacle, avec les ressources du jardin, (et l’argent des convives, ) que par les retrouvailles entre amis, que par le spectacle. Il est bon enfant.

Et, comme si c’était une véritable conférence, le public m’a posé des questions ! … certes, en plein milieu du spectacle, et non à la fin, comme il est d’usage dans les vraies conférences, mais enfin je sais m’adapter. Et ils m’ont donné du Monsieur, du Vous, respectueux comme s’ils s’adressaient à un vrai conférencier, alors que le quart d’heure d’avant ils me tutoyaient, c’est quand même drôle la puissance du théâtre.

Question du Public : Pourquoi la fin n’est-elle pas au début ? (je vous jure)
Réponse : C’est comme ça.

Autre Question du Public : Qu’est-ce que c’est des éboulis ?
Réponse : Éboulis ? Ce sont des éboulements. Savez-vous ce que sont des éboulements ? Oui ? Alors des éboulis sont des éboulements. (Sinon, voir ici.)

Autre Question du Public : Mais Élisée Reclus a-t-il vraiment existé ?
Réponse : OUI

Et ainsi de suite. J’aime beaucoup les questions du public, à tous moments. En quelque sorte, elles permettent au public de prendre en charge le spectacle, du coup ça me repose un peu, le seul problème étant qu’il faut pas trop que je me laisse embarquer dans le confort… J’ai assisté à cette comédie que sont les vraies conférences, et j’ai souvent observé que ce que l’on appelle une question du public est en fait quelqu’un qui refait une autre conférence : il ne pose pas une question, mais il expose interminablement son pseudo vécu au bout duquel il pose une question explicitement intéressante, ce qui fait qu’on perd 3 heures à chaque fois. Évidemment, dans le cadre d’un spectacle, il faut absolument que j’interrompe pareille plomberie. Dans le cadre d’une vraie conférence, chacun se fait ses politesses, mais dans le cadre qui est le mien ce n’est pas du tout l’objectif ! Je laisse 1 minute pour la question, je prends 15 secondes pour la réponse, c’est assez pour le repos.

Peut être qu’un jour, quelqu’un demandera si, moi aussi, j’ai réellement existé ?

 

Pour le jeudi 3 septembre.