Marquer sa place

L’exercice de présence, dont j’ai déjà parlé, comporte une foultitude de dérivations, composantes, etc. Parmi elles, l’idée de marquer sa place sur le sol.

Pour se faire, je trace autour de ma position, sur le trottoir, avec de grosses craies, une sorte de limite qui fait scène. En dedans, c’est la scène, en dehors, c’est le public.

J’aime bien la craie, parce que c’est coloré, que ça coute pas cher, que c’est facile, et que ça s’efface tout seul simplement avec les pas des passants : tout cela correspond bien à mes conceptions des notions de présence, d’existence, de vie… c’est comme un château de sable.

L’idée générale est de faciliter l’identification du comédien (moi) par les passants, de former décor. Elle me permet aussi d’évaluer si l’exercice de présence est une réussite : si je suis bien compris comme présent par les passants, en relation avec ce décor, alors ils ne marchent pas sur la craie, et prennent la peine de faire le tour ; sinon, ils marchent sur la craie.

Une première idée est de tracer sur le sol des choses plaçant une forte limite sur le trottoir.

C’est très efficace, beaucoup de passants comprennent immédiatement le sens de la chose, même en cas de fort passage (il semble que même les plus moutons des gens regardent au moins le sol en avançant). Et cela donne au comédien (moi toujours) une sensation de protection.

De plus, la période où l’on dessine ces traits permet de se familiariser avec le contexte. Même si on n’est pas en train de faire un spectacle, les gens voient déjà un type qui fait quelque chose de bizarre. Pendant cette phase je reste très concentré, comme si chaque trait était d’une très grande importance.

Avec quelque sens artistique, ça donne un petit effet plaisant tout en restant simple à réaliser.

Il est possible, comme on le voit sur la photo ci contre, d’atténuer par quelque ornementation l’effet frontière du décor, effet qui peut être malvenu.

Ici on voit que les traits de craie sont restés nets, même après une vingtaine de minutes d’exercice. Cela indique que peu de gens ont marché dessus, et que.j’avais bien dû me débrouiller pour réaliser mon exercice. D’ailleurs je me souviens que cette fois là 4 ou 5 personnes s’étaient arrêtées pour m’écouter, j’étais sans doute en forme.

Voici une manière plus frustre de frontière scène/public : des droites entremêlées forment frontière par amas. Je n’ai pas encore trouvé le bon principe graphique je crois, mais je recherche autour de cette idée car cette forme atténue l’aspect frontière.

Et en plus comme on le voit les traits de craies sont gommés par le passage, preuve que je m’étais assez mal débrouillé dans l’exécution de mon exercice. Ce type de graphisme demande un plus grand engagement de la part de l’artiste ; quand je ne me sens pas en forme, je préfère le mode ligne continue, et quand je me sens en forme j’essaie le mode ligne entremêlée.

Ici j’essaie de manifester la présence non plus en termes de moi/autre, scène/passage, mais en terme de cercles de réaction, un peu comme une pierre qui fait des ronds dans l’eau quand elle tombe dedans..

On retrouve l’ancienne notion de ligne continue colorée autour de l’artiste (hum), en plus entourée de volutes blanches, censées manifester un espace  d’écoute.

Ainsi, le public passe dans une zone qui est elle même marquée, au lieu que seule la place de l’artiste soit marquée : la présence de l’un se comprend avec la présence de l’autre, et donc il faut essayer de marquer les deux.

Ici on voit que les traits sont restés bien nets, mais malheureusement c’était à cause qu’il n’y avait pas beaucoup de passage à ce moment là, et non parce que j’étais en forme.

Et voilà… dans l’ensemble, ça fait joli, non ?

 

 

3 commentaires

  • Très bien trouvé! Voilà qui me paraît carrément très intelligent et le dernier « dessin » me semble effectivement le plus approprié, le plus suggestif d’un échange possible…Cette ligne devient alors, de protectrice (en plus de signifiante), ludique, invitation à l’imaginaire. Et puis il a quelque chose de moins rigide (qui, cependant, n’était pas si fort).J’aime bien aussi que ce soit de la craie pour rappeler l’éphémère et le ludique (cf les jeux de la marelle qu’on trace au sol)

  • Enfin tu as trouvé ton espace scénique, j’adore, c’est de l’art pur et simple comme l’interprétation de tes poésies.

  • Lire le blog en entier, tres bon

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