Le petit théâtre mobile amuse la clientèle

Deux panneaux forment le décor, un banc jaune, des cartons portent des titres, éparpillés sur le sol, l’un d’eux est marqué Conteur des rues et un autre MERCI, avec une boîte servant de chapeau dessus, une grosse armoire à roue derrière pour tenir et transporter tout ça, et voilà le petit théâtre mobile.

conteurdesrues

Dans l’idéal les passants s’assoient sur le banc, choisissent un conte, une histoire, une poésie, à partir des propositions qu’ils lisent sur les cartons, comme si c’était un menu, je leur raconte l’histoire, le conte, la poésie, ils m’écoutent, me donnent quelque argent s’ils sont contents, et voilà.

Et ça se passe assez bien, même si, comme tous les boutiquiers, je me plains du peu de clients. Oh !…  quelques fois, je subis une attaque d’ivrogne, d’enfants des rues, ou d’ados bloqués, mais, en général, c’est plutôt la sympathie du public que je dois affronter.

Ou bien, affronter la longueur de l’attente de quelqu’un qui voudrait bien s’asseoir sur le banc, attente qui peut durer une heure. Sans doute que ma petite boutique n’est pas très glamour, puisqu’elle est en plein air. Un reste de l’époque où je l’appelais le théâtre emporté par le vent (et voir ) ; mais, à cette époque là, c’était loin d’être une boutique ; à cette époque là, ce n’était que du vent ; l’idée de la boutique est venue plus tard.

Les cartons qui portent la mention des textes que je présente sont une part importante de mon Offre ; on y lit, par exemple La chanson des escargots, Jacques Prévert, 1mn31.

La chanson des escargots, de Prevert, et Taxi Taxi Taxi, de Queneau... que les gens demandent couramment.

La chanson des escargots, de Prévert, et Taxi Taxi Taxi, de Queneau… que les gens demandent couramment.

Ce panneau indique que je peux présenter à qui voudra le poème la chanson des escargots de Prévert, qui durera 1 minute 31, ainsi que Taxi taxi taxi de Queneau, qui durera 1 minutes 51. Et il y a plein d’autres panneaux.

Le temps indiqué permet d’utiliser la technique de vente du pseudo-choix. On adore. Ça fait toujours discuter, sur la finalité du temps, sur l’urgence des choses, etc.

Je mets le temps, parce que je ne peux pas mettre le prix, puisque je me fais rétribuer au chapeau. Il faut bien mettre des détails stupides, sinon ça ne fait pas très commercial. J’ai observé que les gens considèrent aussi hautement leur temps que leur argent ; comme je ne peux pas argumenter sur l’argent, j’argumente sur le temps.

100_3124L’aspect que j’ai le plus de mal à gérer et à vivre, c’est l’aspect grégaire du public.

C’est à dire que vous restez seul dans votre coin pendant une heure et puis, à un moment, vous ne savez pas pourquoi, quelqu’un s’assoit sur votre banc et vous demande un conte… vous commencez et aussitôt, dix personnes arrivent, quelques fois vingt, trente, faisant cercle à quelque distance, quasi prêtes à fuir si j’étais lucifer, chacune se comportant comme si elle était devant sa télé.

Je sais qu’il faut que j’accepte ce comportement, que… c’est comme ça. Si j’étais plus habile, j’en ferais même mon affaire. Pour l’instant, ça m’horripile, mais je me raisonne… j’aime le mouton.

Certains, dans les gens qui passent, m’expliquent, et je le comprends mieux : Je reviendrai quand il y aura plus de monde… En effet l’un des points majeurs du théâtre, est de faire rassemblement. Dans la rue ce rassemblement est presque plus spectaculaire que le spectacle lui même.

Je pense que si j’arrive à prendre la mesure de ça, alors j’aurai plus facilement du monde à mon petit théâtre de rue.

100_3440Et parmi tous les textes que je présente j’ai même des hits !

J’ai déjà parlé de la fascination que semble exercer le Conte de celui qui voulait faire cuire un œuf sur le plat avec son portable téléphonique (écrit par votre serviteur). Je soupçonne que c’est la faute du panneau qui l’annonce, bien flashy, aussi je veux faire des panneaux encore mieux.

Par exemple pour les Formulaires, de Mohammed Dib. Je les vois comme un mélange de slam, d’incantation, d’histoires, de formules magiques. Ni prose ni poésie, que je vante sur le panneau mais, pour l’instant, personne ne me les a demandés. Attendons.

Un truc qui n’a pas marché pendant longtemps et qui marche un peu mieux en ce moment, est un extrait du bouquin Beloved de Toni Morrison. J’ai appelé l’extrait La prière de la Vénérable. C’est une harangue d’une illuminée, quelque chose d’un peu spectaculaire si j’y arrive bien, une sorte de cocktail de sorcière, sophrologue, Gandhi, Castristes… parfait.

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À tout seigneur, tout honneur, j’ai aussi Beaudelaire, un auteur que les gens aiment. Malheureusement je ne connais qu’un de ses poèmes : le baccalaurératesque Correspondances ; un excellent choix, il passe partout, tout le monde est content avec lui : les intellectuels, beurs, meufs, suicidaires, enfants des roms, bobos, tous. Devant le succès, j’ai promis mille fois de proposer un second poème de Beaudelaire.

En plus des photos, voici quelques vidéos d’environnement :

Un conte gratuit pour tout nouveau client !

merci

4 commentaires

  • A propos de l’instinct grégaire : lorsque mon père tenait un restaurant, il me faisait manger en salle pour attirer les clients. Les cuisiniers mangent en salle, juste avant midi, pour la même raison, ça n’a rien à voir avec notre sex-appeal . Enfin, je crois 😉
    Grégaire est de la même famille que « égrégores », cette capacité qu’a un groupe de créer une atmosphère harmonieuse, forte, fédératrice, génératrice de bien-être (Je résume avec mes mots à moi). Les gens qui font tourner les tables cherchent à le créer. Les supporters dans les tribunes aussi. Un public qui aime majoritairement un spectacle en créé un aussi. Personnellement je ne saurais être sévère avec ce besoin fondamental de considérer l’Autre comme source d’harmonie, de force, de bien-être, d’unité basée sur la diversité. Mais je suis bien d’accord que le pendant négatif est la confusion de signes : ce n’est pas parce qu’il n’y a personne dans un restaurant que la qualité n’y est pas, et réciproquement. Bises 🙂

  • Je ne sais pas d’où tu sors que égrégore est de la même famille que grégaire ? As-tu une référence, un lien ? De ce que je lis, comme l’immense majorité des concepts ésotériques, il ne date que du 19ème siècle, et c’est déjà vraiment ancien pour ce genre de concepts. Celui ci est une invention de Victor Hugo, histoire d’avoir une rime pour mandragore.

    Après… ça ne veux pas dire que l’idée n’est pas intéressante. Les exemples actuels que tu donnes d’égrégore sont intéressants, du moins celui des supporters dans un stade (parce que pour ceux qui font tourner des tables…). Et en tous les cas ça me porte à réfléchir pour cette histoire de grégarité, et, finalement, on pense à peu près la même chose 🙂

    Grégaire, en tous les cas, est un mot nettement plus solide 🙂 On a même son étymologie : http://www.cnrtl.fr/etymologie/gr%C3%A9gaire

    Et puis, c’est quand même du Victor Hugo.

  • Ce que créé une chaîne humaine … une Chorale … Une danse de sorcières …

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