Spectacle par appel

Vers la rue des martyrs de vingré

Un mode de spectacle de rue que j’arrive à bien faire maintenant consiste à parcourir les rues, et lorsque je vois un groupe de 4 ou 5 personnes plus ou moins désoeuvrées je les appelle et leur propose mon micro-spectacle.

C’est le premier truc qui a marché pour moi je crois ; son grand avantage est qu’on peut choisir son lieu, son public, qu’on peut gérer un minimum la situation.

Voici comment cela se déroule. J’aperçois un groupe de personnes plus ou moins isolées, statiques, qui n’ont pas l’air très occupées. Exemple typique : un groupe de fumeurs, devant un café.

À quelques distance (5-6 mètres) je les interpelle : Oh, dis-je, comme vous êtes splendides, beaux, merveilleux, formidables ! (j’en rajoute un max, l’objectif est qu’ils tournent la tête vers moi) Aussi je vais vous présenter une poésie et si elle vous plaît vous me donnez de l’argent ! Ça vous va ?

À partir de là, tout est possible ; j’attends la réponse ; en général elle vient dans la foulée. Plus l’interpellation est forte et déterminée, tout en restant dans le jeu d’un saltimbanque, et plus il y a de chance qu’il y ait une réponse. Maintenant j’en ai quasi toujours, je progresse.

Il est important d’attendre une réponse, parce que c’est le temps qu’il faut pour que les gens acceptent ou refusent, que le groupe se tourne vers moi, forme public. C’est l’affaire d’une demi-seconde en général, mais c’est fondamental.

C’est oui ? Alors je présente ma poésie. C’est non ? Je dis au revoir, sors un gag s’il m’en vient un, et je m’en vais ; je n’insiste jamais.

Au début j’ai eu quelques foirades, mais maintenant ça se passe en général bien : je conserve l’écoute du public jusqu’au bout, et je recueille de bonnes appréciations.

Il est important que ça reste théâtral ; je n’entre jamais dans l’amitié, le familier, le copinage ; il y a toujours une distance entre eux et moi, voire une provocation. Par exemple dans une petite rue, s’ils sont d’un coté, je peux être sur le trottoir en face, et il peut même passer des voitures que je fais quand même.

Quand je parle de ça avec des amis, ils sont réservés sur le fait que je demande de l’argent : une poésie c’est gratuit, dit-on.

Mais eux sont dans le registre des principes, moi je suis dans celui du théâtre ; j’ai besoin que le public me classe pour m’accepter plus facilement ; il entend argent, c’est un mot qu’il comprend tout de suite. S’il comprend, il est rassuré, il accepte mieux l’idée d’écouter.

C’est d’ailleurs très rare que le public discute le principe ; bien au contraire, il accepte le fait en lui même et sort des remarques style Et si on n’a pas d’argent ?… Allez-y on verra après !… Et vous en gagnez beaucoup comme ça ?… etc. J’ai gagné la première manche.

À la fin du micro-spectacle je ne reparle jamais d’argent, mais laisse le public en prendre l’initiative : même s’il ne me donne rien, je ne demande rien.

Le grand ennemi de ce mode d’intervention, c’est le temps. Il peut y avoir un de leurs copains qui sorte pour demander une cigarette. Un de leur portable peut sonner, etc. Deux minutes, c’est le max. S’ils sont nombreux je n’ai qu’une minute, par le simple jeu qu’il y a plus de téléphones portables qui menacent de sonner. Étant tout seul je suis extrêmement vulnérable aux aléas, et je pense que si j’étais plusieurs ça serait mieux.

Je présente des poésies parce que le format est court, que ça raconte une petite historiette, que la langue est en décalage complet avec le contexte (meilleure théatralisation). Pas de slam, de rap ou autre truc à la mode, qui donc ne forment pas théâtre, mais mode.

Je ne suis pas poète moi même, mais il ne faut pas le dire trop fort : tout le monde est persuadé que je le suis. Je creuse dans le noir / Et j’en ramène de quoi / Offrir du travail / À la lumière.

 

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