Sur le mémorial spontané des attentats de novembre

Au bas de la mairie de Saint-Étienne il y a eu un mémorial laïc spontané à la suite des attentas de novembre 2015 à Paris. J’en ai fait quelques photos, que j’ai placées sur wikimédia, la banque de fichiers multimédia de wikipédia.

wikimedia

Je m’intéresse aux mémoriaux collectifs spontanés. J’avais déjà enregistré sur wikimedia quelques photos de celui des attentats de Charlie.

Depuis longtemps, moi le chrétien, je m’étonne de ces manifestations de spiritualité de la cité.

Un jour, en lisant des trucs sur la mafia en Italie, (parce que je m’intéresse aussi à la mafia), j’ai appris que la lutte contre ces assassins avait donné lieu à la création de mémoriaux collectifs et spontanés, particulièrement pour le meurtre du juge Falcone.

J’avais trouvé ça tout à fait étonnant, que des citoyens en lutte contre une des plus monumentale plaie du monde moderne, se mettent à écrire des petits mots à un mort, plus ou moins en dehors de tout contexte religieux classique, tout le monde sachant parfaitement qu’il ne le recevrait jamais.

Et voilà que cela arrive en France ! Quelle aubaine !

Pour cette fois-ci, j’ai eu l’impression que les manifestations collectives étaient moins importantes que pour l’attentat de janvier, et notamment que le mémorial était moins gros, mais que l’émotion personnelle était beaucoup plus importante : il n’était pas rare de rencontrer quelqu’un qui avait un proche directement engagé dans les attentats – comme victime, je veux dire -, alors que pour les attentats de Charlie, il s’agissait surtout de principes ; personne à Saint-Étienne ne connaissait les victimes.

L’émotion était souvent très vive autour du mémorial. C’était un lieu de libération de parole. L’un raconte sa nuit au téléphone avec une personne présente dans le quartier des attentats à ce moment là, l’autre cherche à joindre les parents d’un jeune décédé, etc.

Et, dans la ville il y a eu beaucoup plus de mini-mémoriaux personnels, enfin, il me semble… je n’ai fait aucune enquête systématique. Des bougies aux fenêtres, des inscriptions de toutes sortes un peu partout, etc. Ceux là je les trouve moins intéressants, mais il faut de tout pour faire un monde.

J’en ai pris certains en photo. En voici un des plus spectaculaires, parmi des milliers : un drapeau français sur le crassier.

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Pour en revenir au mémorial collectif, une chose nouvelle est que cette fois-ci des citoyens ont pris l’initiative de prendre soin du mémorial : toute la journée ils rangeaient les objets le composant, les bougies, les mots, fleurs, et même fournissaient gratuitement des bougies aux passants. Cela représentait un gros travail bénévole.

Un autre phénomène nouveau, il me semble, a été l’apparition de symboles typiquement religieux dans le mémorial spontané collectif laïc. Par exemple :

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Étonnante, quand même, cette sainte sur une bougie qui tient un papier sur les valeurs révolutionnaires.

Sachant que les volontaires qui prenaient soin de ce mémorial ne fournissaient que des bougies parfaitement neutres, il a fallu que quelqu’un prévoit et emporte consciencieusement cette chose.

Et plus étonnant encore : il ne faut pas du tout croire que, pour celui qui a posé cette bougie à la vierge, il s’agit forcément d’un symbole religieux ! En effet, après avoir discuté et entendu plein de discussions à l’occasion de ce mémorial, pour certaines personnes, il peut parfaitement s’agir d’un symbole uniquement culturel. La Vierge Marie, pour certains, c’est du culturel, qui forme une identité personnelle, un peu comme la Renaissance, Voltaire, ou le Petit Poucet : on en fait ce qu’on en veut. C’est surtout de la culture française.

Quelqu’un : J’ai mis une croix… ce n’est pas chrétien, c’est un hommage… ils sont morts, c’est du respect.

Par exemple, il y a, dans la ville de Saint-Étienne, une relique d’une épine du Christ. Il y a des tas de gens pour vous dire qu’il s’agit là d’un trésor local inestimable, alors qu’ils sont complètement athées !

Bref, comme je le disais plus haut, il faut de tout pour faire un monde.

Saint-Étienne est une des villes de France dont les archives municipales collectent et enregistrent les objets composants le mémorial spontané. Je ne pense pas qu’ils conservent les bougies, mais, en tous cas, ils conservent et numérisent les papiers. Donc tout cela sera conservé pour l’éternité.

Pour mon petit enregistrement bénévole sur wikimedia, j’ai tenté cette fois-ci de mettre deux vidéos. Mais je suis un peu déçu du résultat ; je ne sais pas ce qui s’est passé dans le upload (je parle technique), mais enfin la qualité, déjà pour le moins minimale de mes vidéos, s’est encore dégradée. Du coup je les ai uploadé aussi sur youtube, ou la qualité qui est la mienne se conserve beaucoup mieux.

Et voilà comme ça, d’attentat en attentat, on s’amuse. Et je n’étais pas le seul à prendre des photos : des étudiants de je ne sais plus quelle école ou université sont aussi venus faire pareil ! Et, régulièrement, des photographes, des journalistes, venaient voir. Au fil des quinze jours que le mémorial a existé, j’ai ainsi été interviewé deux fois par des médias locaux. La ville, comme ça, fait, se regarde faire, organise ses jeux de miroirs, se regarde et se montre en train de montrer…

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Et puis, un jour, il faut changer de symbole. En effet chacun aura remarqué que novembre, c’est juste avant décembre, et qui dit décembre, dit Noël, et qui dit Noël, dit grande roue. C’est obligatoire. Or, le mémorial occupait juste la place de la grande roue !

Les ouvriers qui ont installé la grande roue ont donc déplacé le mémorial avec mille attentions, manifestement un peu surpris, de leur propre initiative.

Puis ce n’était plus pareil : la grande roue, le marché de Noêl, se montent. Petit à petit, le mémorial est devenu comme un immeuble qui décrépit, un creux, un vague, un oublié des plans d’aménagement, une zone. Et l’on regarde dans une autre direction en passant à coté, en considérant qu’il va de soi que quelqu’un s’en occupe un jour, que ça n’existe pratiquement plus. Il faudrait un plan de développement, il faudrait un budget. C’est fini.

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