Madame Serfouette

Madame Serfouette et le harcèlement de rue

Madame Serfouette, de la place Grenette, en avait plus qu’assez du harcèlement de rue. À chaque sortie, des groupes d’hommes nauséabonds se moquaient de ses jolies jambes. Elle décida de réagir et elle commanda une mitraillette par internet, avec la ferme intention de s’en servir. Elle reçut l’arme quelques temps après, et aussitôt elle sortit bien décidée à se payer le plaisir de mettre enfin deux ou trois balles dans le premier qui la sifflerait.

Malheureusement, à son grand dépit, aucun homme, ce jour là, ne fit le moindre commentaire sur son allure. Elle se tenait prête, marchant dans les rues la mitraillette à la main, regardant tous les mâles avec colère, mais aucun ne se mit à l’ennuyer.

Un peu déçue, elle ressortit avec sa mitraillette le lendemain… pour la même absence de résultat.

Elle en parla avec ses copines de quartier, qui trouvèrent l’idée intéressante, et voulurent essayer, malgré tout. Chacune s’équipa d’une mitraillette. Et chacune constata cet effacement immédiat des mauvais comportements masculins.

Toutes ses amies en parlèrent à leur propres amies. Très rapidement, la majorité des femmes de l’agglomération stéphanoise s’équipèrent de mitraillettes. En quelques jours il se vendit 150 000 mitraillettes dans le bassin de l’Ondaine et celui du Gier. Les autorités étaient atterrées.

Le Président de la République, chef des armées, abasourdi d’apprendre qu’une militarisation soudaine et massive des femmes s’étaient manifestée, vint voir sur place, n’en croyant pas ses conseillers et dossiers. En état de stupéfaction il prit le TER Part-Dieu / Chateaucreux incognito pour être sûr. Par prudence il se déguisa, en imitant les employés de bureau de la place Chavanelle : il prit une trottinette, mis des écouteurs dans les oreilles.

Il vit partout l’ordre menacé par des femmes, certes pacifiques, mais toutes portant des armes de guerre.

Devant la gravité de la situation, il décida de faire cerner la région par l’armée, et pré-positionna des chars dans la vallée du Rhône. Il envoya un ultimatum au préfet, le sommant de désarmer immédiatement la population féminine.

Le croirez-vous ? Le préfet y est arrivé en offrant un bouquet de fleurs pour chaque mitraillette.

Madame Serfouette astique Jeanne d’Arc

Madame Serfouette avait remarqué que la statue de Jeanne d’Arc place Boivin n’était pas très propre. Avec l’esprit toujours très civique, elle entreprit de la nettoyer. Elle se munit d’un seau plein de lessive, d’une bonne éponge à gratter, d’une échelle, et elle commença par frotter la tête.

Elle sentit sous ses mains la pierre dure du casque, la masse des cheveux, la force pleine des joues, du ventre, de ses seins, la grâce forte de la guerrière dans ses bras et ses mains.

Mais, en arrivant au cheval, elle eut l’impression de la pulsion d’un coeur qui battait encore sous la peau. En grattant, l’éponge emportait quelques poils. Sous l’eau froide, elle avait la sensation que les oreilles ou la queue de la bête se réveillaient et frémissaient quelques fois.

Par acquis de conscience, une fois qu’elle eut terminé son travail, elle amena une botte de foin au pied de la statue.

Le lendemain, dès tôt le matin, les premiers passants trouvèrent Jeanne d’Arc gisant par terre dans l’herbe, renversée, regardant fixement le ciel. Sa monture avait disparu. La botte de foin aussi.

La ville de Saint-Étienne du budgéter un nouveau cheval pour Jeanne d’Arc.

Madame Serfouette devient riche

Madame Serfouette, place Grenette, est de nature civique : de sa propre initiative et avec ses propres deniers, elle a remplacé un sac poubelle qui s’était déchiré sur la place publique.

La municipalité, pour récompenser ce geste citoyen, a décidé de lui envoyer un chèque de 0,73 €, prix estimé du sac. Mais les services municipaux, peu habitués à traiter ce genre de procédure, agirent dans le désordre, et madame Serfouette reçu 26 chèques de 0,73 €.

L’affaire parvint sur les bureaux de Saint-Étienne-Métropole. La gestion des déchets est en effet de leur compétence. Les algorithmes, un peu surpris car il n’existait aucun cas de ce genre dans leurs datas, classèrent madame Serfouette au barème P catégorie 15, ce qui revenait à lui envoyer 45 chèques de 115 732 €.

Mais, en rupture de crédits, l’un des services payeurs rejeta la demande, qui fut aussitôt réaffectée à la région Auvergne-Rhône-Alpes par la préfecture. Elle recalcula madame Serfouette en la considérant partenaire industriel pour la gestion du recyclage écologique. Vu le nombre de sacs poubelles existant sur la voie publique dans toute la région, il lui fit parvenir 1 653 chèques de 7 348 556€ chacun.

Les finances de la région se trouvant menacées, il est nécessaire d’augmenter les impots de 2,56%, tandis que madame Serfouette part en vacances bien méritées sur une île du Pacifique.