Textes Villes# Collectif X

… mais qu’est ce que le Collectif X ? Voilà.

… mais qu’est Villes# ? Ici.

… et la salle Descours ?… Rien, ou presque.

J’ai participé à cette aventure en tant qu’invité, et j’ai réalisé le protocole de la balade et de l’interview.

Pour la session La Cotonne/Montferré

Pour les jours des répétitions, voir ici.

La balade

Surnommée La balade négative.

C’est parti
Je vous raconte
Mon chapeau, mon sac, mon ventre
Attention le chapeau
À chaque fois que je le mets sur ma tête je le perds
Je dois en racheter un
Ma tête me coûte cher
Et mon ventre ?
Mon chapeau, la route
La Cotonne c’est haut
C’est loin
J’aime pas les balades
Le soleil tape
Mon ventre fait mal
Les trottoirs sont trop étroits
J’aime pas les trottoirs trop étroits
La statue de Jeanne d’arc est éblouissante
De soleil
Quelqu’un peut dire ce que fait la statue de Jeanne d’arc à Saint-Étienne ?
Moi non
Au printemps il y a un massif de fleurs roses devant
C’est du passé
Ici il n’y a que des individus occupés
S’il y a des femmes
C’est qu’elles vont à la Caf
Une église, j’aime pas les églises
J’aime pas les pâtisseries arabes
Un mec sort de la Comédie fumer une clope
Je commence à avoir mal aux pieds
Je crois que j’ai un peu soif
Des mecs obstruent la rue
Je passe dedans
Je veux pas être un mec
Il y a de plus en plus de boutiques fermées
Soudain je pense à la liberté
Sans raison
Et je me dis
Mais
On dit que
La liberté
S’arrête
Là où commence celle des autres
Mais
Le pouvoir
De nuire
Est un des pouvoirs
Les plus fondamentaux
Qui existent
Le pouvoir
D’emmerder
Constitue notre personnalité
La plus intime
Alors comment peut-on dire ce qu’on dit ?
Si l’on nous retire le pouvoir intime
Comment peut-on dire
Vous serez libres
Les boutiques
Sont toutes fermées
Elles sont comme des feuilles mortes en hiver
Alors qu’on est en été
J’ai mal au ventre
Il n’y a plus personne
Sauf des voitures
Elles tournent autour de la ville comme des mouches autour d’une vache
Ça monte
Y a-t-il quelqu’un dans ces maisons ?
Partout des panneaux propriété privée ne pas entrer
Mais qui voudrait entrer ?
Ma chemise me colle
Ma chemise est mauvaise
Même les voitures ne bougent plus
Sous ce soleil dans cette montée
Cette nuit j’ai pensé à Béatrice
Oui cette nuit je me suis réveillé en me disant « Que devient Béatrice ?  »
Oui je pense à Béatrice la nuit
Alors que je la connais un petit peu
Même moins
Voilà que devient Béatrice
Mais je me demande s’il n’arrive pas au femmes de se réveiller en pensant à un mec aussi
Elles se disent « Que devient Béatri… Béatr… tr… Béatre ?  »
J’aimerais bien voir
Béatre
Les femmes ne sont pas si difficiles à comprendre
Elles aiment Béatre
Ça n’arrêtera jamais de monter ?
Mon ventre est plein de vers
C’est une compote
Mes pieds pataugent dans la sueur
Ou le sang peut-être
Comment me cacher je veux vomir
Mais il y a de nouveau des gens ici
Comme ça tombe mal
Des enfants des mamans
J’aurais honte
Et même un commissariat
Comment vomir
Où puis-je aller

L’entretien

Surnommé La retraite heureuse

Moi j’ai rencontré ma femme il y a… 30… 38… attendez que je me trompe pas 79… Moi je suis pas stéphanois d’origine, ma femme est stéphanoise. J’l’ai rencontré en 1979, on a vécu, d’abord rue Robespierre sur le quartier de Bellevue puis après rue Michelet, et puis on a cherché à avoir une maison plutôt que de donner une location à fonds perdus, et puis l’opportunité à fait que il y avait ici des terrains, enfin c’était un lotissement, c’est comme ça qu’on a emménagé en 1989.

 

Finalement c’est très calme ici. Il y a eu des périodes d’agitation, mais on est quand même un petit peu sur l’extérieur du quartier, on a une vue magnifique sur Saint-Étienne. On en parlait ce week-end j’étais chez ma maman qui habite un village dans la campagne : c’est plus bruyant chez elle que ici ! Nous, à part la desserte du lotissement, il n’y a pas de circulation.

 

Depuis que je suis à la retraite on en a profité avec mon épouse pour redécouvrir Saint-Étienne, mais à pied, avec les balades urbaines, et c’est vrai que c’est intéressant. On est passé dans des endroits, tout en étant de Saint-Étienne, qu’on connaissait pas. Il y a des topos, ça fait découvrir ou redécouvrir des quartiers avec des panoramas, comme il y a des collines quand on arrive en haut on a des panoramas et puis des endroits, qui sont sympathiques. On a aussi fait la voie verte qui va de Bellevue à la terrasse, en passant pas loin de chez nous on la prend à coté à Montferré. On l’a fait une fois en commençant de la terrasse et… on s’est perdu un moment parce que c’est très mal fléché ; on l’avait fait une fois en partant d’ici mais on n’est arrivé que vers, le clapier après c’est pareil on n’a pas trouvé les balises, et puis maintenant à force de le faire dans un sens et dans l’autre on a vu où ça passait. Alors il y a des endroits où c’est pas trop intéressant parce qu’on passe dans des zones industrielles… Malacussy des trucs comme ça, mais autrement on passe au milieu des jardins ouvriers et surtout on a des panoramas qui sont sensationnels. Comme ici vers la dame de Montferré, la statue de la vierge. N’étant pas stéphanois d’origine je ne sais même pas à quelle occasion elle a été construite… ça a été fait pour un problème de guerre ou peut être de catastrophe minière.

 

Et maintenant que je suis à la retraite, quand je me balade à Saint-Étienne, je lève la tête. Certes on trouve que Saint-Étienne se paupérise, c’est la catastrophe, on a beau lire certains articles de la municipalité qui disent “ouais le commerce repart” mais quand on va en ville c’est affreux. Sinon il y a de très jolies façades à Saint-Étienne, des choses qu’on ne voit pas, c’est extraordinaire. Il y a des statues, des… vous descendez la grand rue ou la rue Desiré Claude il y a des façades style renaissance et vers la place du peuple il y a de très beaux immeubles anciens. Et dans la campagne, on y va aussi. On fait des voies vertes soit à pied soit en vélo du coté de Montfaucon, Dunière, Raucoule, Saint-Marcelin, l’ancienne voie ferrée qui monte jusqu’à Estivareilles, et puis c’est le Pilat, c’est le tour des barrages et du coté de la Haute-Loire, c’est magnifique. On n’y est jamais allé mais on dit toujours : on se croirait au Canada.

Pour la session Montreynaud

Pour voir les jours de répétitions : ici.

Vu que le spectacle a été annulé (du moins 2 soirées sur 3), il est admis que les textes qui avaient été retenus sont inclus dans le villes# Saint-Étienne même s’ils n’ont pas été présentés au public. Pour moi il  a avait la balade.

Une grande bâtisse un jardin
Dans l’angle aigu d’un pâté de maisons
Un petit immeuble avec une petite sonnette pour chaque habitant
La voie de chemin de fer est endormie
Un gentil train lui fait la chatouille
Une passerelle légère des escaliers d’aluminium
Qui font ding ding
De grandes surfaces de terre meuble
C’est des travaux c’est de la rénovation
De la rénovation de la terre nue
Une petite rue
Une cours intérieure des herbes folles des voitures rangées
Un grand garage un rideau de fer un tag poussiéreux
Un hôtel
32€ la nuit difficile de savoir s’il est ouvert ou fermé
Il est louche
Ses portes défraîchies décorées de dessins de voyages sur la mer au long cours
Un hôtel de Saint-Étienne reçoit des marins et des pirates
Pas étonnant qu’il ait fait faillite, mais ses portes sont belles
J’aurais aimé les voir quand elles étaient neuves, quand il y avait
de la flibuste place Carnot
Les faillites c’est fantastique
Une feuille orange par terre
Sur le trottoir quatre feuilles jaunes
La saison de l’automne, son brouillard gris, ses feuilles mortes
Il n’y a aucun vent elles se reposent tout est calme
Les grands ensembles sont immobiles
Des blocs de béton administrés par un notaire de glace
Des immeubles allongés qui attendent un signe pour se réveiller
quand le prince arrivera
Si haut qu’ils dépassent les arbres
Et bouchent quelquefois le ciel
S’ils sont debout le brouillard les efface
Ils sont trop grands pour exister dans la réalité
Ici une façade grise une dalle argentée
Ici un mur blanc une fenêtre brillante
Des jeux de lumière le ciel s’amuse la mosquée et l’église rigolent
Au sommet de la colline de Montreynaud
Des écoles des cours des récréations
Un terrain de basket avec trois paniers
Un commissariat ont-ils trois fusils ?
Un centre social
Un banc pour s’asseoir tout le long de la pelouse
Une porte bleue pour entrer au paradis
Un pont sur l’autoroute
Une petite maison avec des petites maisons avec des petites maisons avec des petites maisons avec des petites maisons
Une petite maison avec une porte trois fenêtres
Une petite maison avec une porte trois fenêtres un garage
Une petite maison avec une porte trois fenêtres pas de garage
Une petite…
Un mémorial non un monument aux morts non un mémorial
Les jardiniers reconnaissants à la mémoire de Volpette
Volpette ?
Volpette est mort
Volpette est mort
Volpette est mort
Volpette est mort
Une petite maison trois fenêtres un porte un jardin un garage
Une petite maison cinq fenêtres un jardin un moulin
Une petite maison trois fenêtres un jardin une porte
120 fenêtres 10 portes 15 garages
474 fenêtres 15 portes 50 garages 2 parkings
1270 fenêtres 100 portes 100 garages 5 parkings 4 commerces
Quelqu’un me dit bonjour
Un copain je l’avais pas vu il est sur mon trottoir
Il est en trottinette
Il est habillé tout en noir
Je crois qu’il est professeur de mathématique
Il rentre du travail
Un professeur de mathématique en noir en trottinette
Un immeuble ocre jaune
Une pâtisserie traditionnelle le point du jour
Un tram passe
Place du Peuple la belle promenade
Tout un panorama depuis Montreynaud
Saint-Étienne l’humain transformé en ville

Pour la session Salle Descours

Protocole balade

Pour la balade, il s’agissait de présenter une balade qu’on avait faite individuellement entre Monthieu et Côte Chaude (5km).

Voici mon texte :

Balade à partir de Monthieu vers le centre-ville, quelle route ? Du centre-ville à Côte-Chaude, ça va, mais de Monthieu au centre-ville, quelle route ? Les plans de Saint-Étienne ne sont pas d’accord sur la route principale à cet endroit de la ville. Selon les plans citadins, c’est la voie des bus ; selon les plans automobiles c’est une autre voie, un peu plus bas, plus large et plus rectiligne, qui sort de l’autoroute ; la voie des bus, elle, ondule dans la ville et vient de « Terre-Noire », un ancien village. Pour exécuter notre protocole scientifique de théâtre, on nous a dit d’aller à Monthieu en bus mais on nous a donné la carte des automobiles, alors que faire ?

À partir de l’arrêt de bus Monthieu qui est évidemment sur la voie des bus, pour rejoindre la voie des voitures, des allées traversent une zone d’immeubles et de parcs, avec des arbres, des parkings, des aires de jeux.

À cet endroit, sur leur voie, les automobiles sortent du premier rond-point après l’autoroute, dans un grondement râleur, et commencent à entrer à Saint-Étienne. Ici les jardiniers ont mis de belles plantes et il y a encore des tapis d’herbes sauvages sur les bords de la route.

Le ciel au gris lumineux impulse toutes les couleurs. Les fleurs brillent, les herbes sont soyeuses et tout le paysage prend un relief de tons qui met chaque chose en valeur : les bâtiments, le couvert urbain, des portions d’autoroute qu’on aperçoit, les crassiers au dessus, les hameaux, les collines, les monts du lyonnais.

Je m’arrête chez Lidl m’acheter un paquet de biscuits. Lidl est un parallélépipède, comme toutes les identités de cette zone, qui ressemble à une chambre de garçon mal rangée : un cube, puis un parallélépipède, puis un autre cube, tous comme abandonnés sur le sol pour aller vite à un autre jeu.

Il y a des petits bonhommes dans les parallélépipèdes ! J’y rencontre même des
amoureux !

Dehors le bruit reste obsédant, mais la route devient petit à petit moins large. Les parallélépipèdes deviennent maisons ou immeubles et s’alignent contre la voie, qu’ils poussent.

Voilà déjà un premier groupe scolaire, preuve qu’il y a des habitants ici. Juste en face, un campement sauvage d’une famille vivant à la rue, à l’abri d’un parallélépipède abandonné.

Les premiers carrefours urbains interrompent la ligne droite de l’avancée automobile. Ils sont beaux, ils sont propres, ils sont fleuris. Les voies automobiles s’y multiplient et organisent toutes les directions mathématiquement possibles, mais un mendiant s’y promène à pied transversalement, au mépris des signalisations et de la prudence, pour demander l’aumône aux chauffeurs.

Un grand bâtiment à ventre jaune, un parallélépipède encore plus beau que les autres, exercice de prestige et de pouvoir de la métropole stéphanoise, consacre l’entrée de la ville. Aussitôt, à ses pieds, collés sur les poteaux, les annonces de prostituées s’y multiplient, sans que l’on sache très bien qui attire l’autre. Et de suite une rue, un petit immeuble style entre deux-guerres, avec quelques commerçants, quelque chose de la vraie ville, fait face au grand bâtiment à ventre jaune. Une pizza nommée « Pizza Yellow », c’est drôle.

On dirait que l’italien Pizza et l’anglais Yellow se moquent ouvertement du jaune d’or pouvoir, mais c’est sans doute un écho urbain, fréquent dans la richesse humaine stéphanoise.

La pluie commence à tomber. Le gris du ciel s’était fait de moins en moins lumineux, puis le sol s’est piqueté de tâches noires : cette pluie.

Au bâtiment jaune et à la Pizza Yellow, la voie automobile subit une diffraction et se relance encore plus droite, encore plus fonceuse. Les pizzas dégagent et il n’y a plus aucun commerce. La voie n’est aménagée que de longs trottoirs rectilignes et de barrières de protection. Autour c’est un plateau scolaire, avec un lycée, des écoles professionnelles, dont le savoir est directement offert aux urgences automobiles.

Mais depuis longtemps, depuis le départ même, la ville offre des échappées – à qui peut s’acheter des biscuits, comme moi. Un saut de coté vers l’amicale Boris Vian, un autre de l’autre coté vers la place Chavanelle et me voilà sorti du bruit des tôles pétrolières et me voilà dans un monde de surfaces, non plus de lignes : les zones pour piétons.

Ici est un monde familier pour moi. Tel ce que font imaginer des oiseaux qui y sont sculptés, je peux m’y envoler et je passe les jeux d’enfants, l’entrée monumentale du parking et je plane en sortant vers la rue Nautin. Même si la pluie se fait insistante, je vole ! Je fais mon pilotage automatique de protocole scientifique de théâtre.

Mais au passage une surprise : après la ligne de tram, après l’église, à coté du manège, dans un coin, une mendiante que je vois d’habitude comme raidie d’attente vers Montreynaud presque au large de la ville ; la voilà en plein centre.

Tout est mouillé, trempé, des flaques bouchent le trottoir et des ruisseaux dégoulinent aux mépris des usages normaux. Je joue les aéroglisseurs au passage du bâtiment blanc de la CAF, du bâtiment noir de la Comédie, et des cascades d’eau commencent à tomber des toits quand j’arrive au Babet. Il devient temps de songer à une pause… mais il n’y a aucun café au Clapier.

En flottant tête baissée pour me protéger, non plus volant, j’aperçois sur le
coté par une fenêtre un intérieur avec des tables et des chaises, des
boissons… un café ? Non c’est une amicale ; je passe : je préfère encore la
pluie aux amis. Mais quelques mètres plus loin, elle redouble, la pluie ! Sous
peine de me transformer en poisson, je dois trouver une solution : de l’autre
coté d’une voie express et d’une ligne de chemin de fer, une autre amicale ! Des
turcs.

Il y a deux hommes sur le pas de la porte qui discutent, je pourrais les
aborder. Soudain une petite voix m’arrête ; vais-je leur dire « Holà ! Manants !
Faites place ! Je suis un artiste ! En votre demeure je dois un protocole
scientifique appliquer !  » ? J’hésite et leur dis plutôt : « Bonjour, puis-je
m’abriter chez vous ? « .

Ils me répondirent que oui, à leur invitation j’entre, et ils m’accompagnèrent
pour annoncer que je ne suis pas un intrus. Je découvre une grande salle où je
peux enfin respirer autrement qu’avec mes branchies. Je m’assois, je demande un
café.

Un homme arrive les yeux grands écarquillés, comme quelqu’un voulant me faire
comprendre quelque chose. Il tient dans une main un café, et il dresse le pouce
de l’autre et dit « un ».

– Un euro ?… je lui demande.

Il me fait « oui » de la tête.

Après quelques temps, il vient s’asseoir à ma table. Il prend une stature de
commandeur turc et nous restons silencieux un petit peu.

– Enfants juillet, me dit-il.
– Comment ?

Mais, derrière moi, quelqu’un :

– Les enfant jouent.

Derrière moi les deux hommes qui m’avaient accueilli nous regardaient et nous
écoutaient, amusés. Oui, des enfants « jou-aient » dans une salle mitoyenne en
faisant un boucan d’enfer. L’homme me dit, en son expression difficile, que
l’amicale organise tout le temps des spectacles pour enfants et jeunes, de la
musique, du théâtre. Il me dit que c’est bon pour la discipline, que, pendant
que la jeunesse danse elle ne devient pas terroriste ; « Crouic, crouic,
discipline », dit-il en faisant le geste d’une vis qu’on serre, « crouic crouic
discipline protège jeunesse danses !  »

Je me sentais très étonné et remplis de respect pour cette idée, de contrôler la
jeunesse par la musique et la danse ?

La télévision turque, au dessus de nos têtes, passait les actualités en leur
langage que je ne comprenais pas. Elle montrait un pays en paix, avec un beau
soleil, un beau ciel bleu…

Ici la pluie continue, et il faut que j’avance. Je dois aller à « Côte chaude »,
la fin de ma balade… je me décide à repartir.

Ça remonte par une petite rue droite et simple. C’est fou comme les villes se
transforment en marécage sous la pluie, même dans les rues en pente. C’est une
petite rue simple qui monte vers la Côte Chaude sous la pluie froide, une petite
rue comme il y en dans toutes les villes de France. Sur la gauche je passe une
boutique en travaux qu’on transforme en centre d’escalade, sur la droite un père
et son fils prennent le petit déjeuner sur un balcon comme s’il faisait grand
soleil, aussi sur la droite encore une maison décorée avec des lézards en
céramique, et puis… et aussi… encore…

La pluie continuera pendant encore longtemps, bien après mon arrivée. Elle était
hors protocole : on ne voit jamais de pluie, au théâtre. Le théâtre, c’est pour
la discipline, pour préserver la jeunesse du monde entier du terrorisme. Et, la
pluie, c’est pour la balade.

Moi en train d'expliquer ma balade sous mon meilleur profil

Moi en train d’expliquer ma balade sous mon meilleur profil (photo Laurie Guyot)

Protocole interview

Et puis voilà mon texte sur le protocole interview. Une fromagère a bien voulu me parler. Je fais la présentation en mode improvisation guidée par le texte… donc ça veut dire qu’il faut pas suivre le texte à la lettre.

Alors moi j’ai une grande gamme de tout. J’ai des fromages blancs des caillés doux du caillé lactique j’ai le bon traditionnel sarasson nature aïl et fines herbes j’ai du lait cru, des rigotes, à la pièce en rouleau des fromages apéritifs et puis des bien secs jusqu’à l’artison puis j’ai aussi un p’tit fromage qui est cendré, qui a eu un p’tit prix, puisque j’ai nommé le Couramiaud. Y plait bien suit-là puisqu’il est crémeux et goûteux.

C’est tout d’la vache, ouais ! Ça pourrait être de la chèvre ou de la brebis ah ! Ah ! On peut faire du fromage avec les trois laits, ils plaisent tous. Mais j’crois qu’c’est la p’tite rigote classique qui aura toujours sa place au paradis, en fait j’crois qu’elle est indémodable celle-là on la remplacera pas les p’tits paquets par sept là… on essaie encore d’innover dans des nouvelles formes des nouvelles présentations mais j’crois qu’la p’tite rigote toute simple ça reste encore traditionnel et on en vendra toujours. Ah ! Ah !

Je suis là tous les jeudis après-midi place Chavanelle, le marché dans l’après-midi, c’est bien pour les ménagères qui font leur ménage le matin et pour ceux qui travaillent et pour les enfants à la sortie de l’école ouais ! Été comme hiver depuis 8 ans, 8 ans… voilà ouais ouais ouais exactement ouais ouais ouais ouais ouais exactement. Bien sûr. C’est clair. Ah oui oui oui oui oui, bien sûr, aussi. C’est ça. Voilà. Voilà.

(silence)

Ah non je n’habite pas Saint-Étienne. Ah mais ici c’est pas les 35 heures. C’est deux mondes différents quoi la campagne et la ville. Ça n’a rien à voir , quoi. Moi j’aime bien la campagne, j’aime bien vivre. On aime bien avoir du contact, être proches des gens, voilà le contact ça c’est important, parce que, tout seul c’est bien, mais au bout d’un moment on a besoin de contact avec les gens quoi faut pas être en décalage nous on travaille en famille, enfin on n’est jamais vraiment seuls parce qu’il y a toujours un voisin…

J’vais en ville avec ma remorque j’ai un ensemble un camion citroën plus ma remorque. J’mets pas l’fromage là où il y a les secousses, j’mets que l’fromage sec après j’réinstalle mon banc, c’est toujours un bon moment les marchés c’est toujours une bonne ambiance quoi. Dans la joie et la bonne humeur on va dire. Les gens aiment bien voir leur fromagère ah ! Ah ! On peut dire ça ah ! Ah ! Ça se passe bien les gens sont très sympathiques, voilà toutes les semaines ils ont leur p’tit rendez-vous avec leur fromagère.. ouais.

Quelque part au fond d’eux, autrefois il faut pas oublier que la France était un pays très agricole, la France était un pays très agricole et ça leur rappelle leurs racines justement, voilà faut surtout pas oublier quand ils viennent chercher leur fromage machin ça par exemple le fromage blanc doux et bien ils me disent ça leur rappelle les fromages de ma grand-mère c’est comme ça. Ça leur permet de renouer avec les valeurs de la terre. C’est le lait de nos vaches qu’on les a nourries avec les fourrages qui sont issus de notre exploitation, on produit nos fourrages et nos vaches nous le rendent en lait et en fromage. C’est toute une chaîne. Et tous les après-midi du jeudi vous voyez sur la place chavanelle les enfants jouent ils jouent au ballon au vélo les mères de famille elles sont assises ensemble elles discutent entre elles, il y a quinze jours il y avait Boris Vian le foyer des enfants qui était venu on a fait d’la soupe aussi ils avaient trié leurs légumes, les enfants avaient fait comme les ménagères tout ça sur la place publique c’est une éducation encore  voilà ouais ouais ouais exactement ouais ouais ouais ouais ouais exactement. Bien sûr. C’est clair. Ah oui oui oui oui oui, bien sûr, aussi. C’est ça. Voilà. Voilà.

(silence)

Tous les jeudis après midi votre fromagère place chavanelle, jusqu’à 19h, ou à firminy trois fois par semaine et je fais quelques petites foires aussi des fêtes de village dans la région. Revenez voir votre fromagère tous les jeudis après midi place chavanelle !

Et voilà !