Visitable

Cela fait presque deux ans que je dispose d’un bureau-atelier à la Cartonnerie ; c’est le luxe d’être un artiste en résidence.

Récemment un nouveau règlement interne a été discuté, et un nouveau terme est apparu dans le vocabulaire des réunions : visitable. Il veut dire que, avant, les locaux ne l’étaient pas, et que, maintenant, ils doivent l’être.

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Pour moi,  tout lieu est, par essence, visitable. Mais non, ce n’est pas cela que ça veut dire. Visitable, maintenant, veut dire : ça donne envie de visiter.

Ce que n’était certes pas mon bureau : les paquets de biscuits vides qui y trainaient étaient incompatibles avec l’idée que l’on se fait habituellement d’un artiste.

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Mon bureau, après

 

Du point de vue de la Cartonnerie, un résident est une sorte d’extension, de plug-in, de copain, de co-pain, qui manifeste une capacité d’intelligence collective.

Croyez le si vous voulez, cette capacité se montre par la vision du bureau / atelier du résident. Car être visité en impromptu par n’importe qui oblige une respiration, une disponibilité, une réflexion… une envie qui donne envie. Comme de laisser une fenêtre ouverte.

Mon bureau, avant

Mon bureau, avant

Et chacun m’aide !… On me dit si je dois passer l’aspirateur par exemple, ou s’il est temps que je remette les 20 tasses de café qui trainent sur mon bureau à la cuisine, pour faire la vaisselle.

(depuis quand fait-on la vaisselle des tasses de café ? )

Mais, par delà  ces inconvénients modérés, le plaisir : ça me fait un petit frisson que de savoir mes œuvres, négligemment étalées dans mon bureau, vues peut être en mon absence par un(e) inconnu(e).

Je fais semblant de les disposer à l’envers… ou bien je fais mine, épuisé, de les abandonner, dans leur nudité spontanée. Je fais des brouillons, je fais des ratures (raisonnables), des tâches, des strates, des ruines, des… trésors.

Mon bureau, avant

Mon bureau, avant

Ces visiteurs sont un vis-à-vis imprévisible : une menace, une conscience, un double, des étrangers. À cause d’eux ce que je fais est sujet à un regard, à bienveillance, adhésion… comme s’il y avait, non pas une clôture, mais une peau.

La création artistique vient plutôt de la fleur de la peau que du cœur, c’est mon opinion. À ce niveau, si je n’ai plus beaucoup de caresses, je suis au moins devenu visitable.

Et on m’aide ! On me dit que ce que je fais est très bien. On regarde.  On me demande. On me donne des idées. On me donne des cartons, ou des feuilles. (ou on m’en prend). On me met un rideau cosy pour que je sois tranquille.

Et tout ce qu’on me dit dans ces visites je le retransmets, je transmets ces nouvelles qui, peut être un jour, rendront le monde encore meilleur.

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