Quand les vieux reviendront à Moreno

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Quartier Montreynaud comme il est dit officiellement, ou Moreno, comme on le voit écrit sur les tags ? À Saint-Étienne, le parfaitement classique square Violette tenant déjà son nom d’un dérivé du latin Via Lata, on peut comprendre que le nom Montreynaud se transforme en Moreno. La faute aux jeunes, sans doute.

Et, pourtant, on y attend avec impatience le retour des vieux, comme si le temps partait trop vite. Je l’ai découvert, étonné, en faisant une vidéo du tour du centre commercial, au cours de laquelle des jeunes mecs m’ont interpellé ; pour ça qu’on entend des OH ! OH ! à la fin.

On ne fait pas ce qu’on veut, à Moreno…

– Tu fais des photos ? C’est quoi ? Ici on est chez nous.
– Je fais une vidéo du tour du parking, je réponds.
– Attention aux photos : ici on est chez nous… on habite ici, tu comprends ?
– Moi aussi j’habite ici.
– Alors tu es chez toi. Mais, quand les vieux reviendront… Tu fais quoi ?
– Les vieux ?
– Quand les vieux reviendront, ça se respectera. Ils mettront de l’ordre. C’est tout.
– Je ferai peut être un article dans un petit journal avec la vidéo.
– Alors dit dans ton journal que quand les vieux reviendront on saura que c’est chez nous ici.
– Les vieux ?
– Ceux qui sont en prison. Du respect. Aujourd’hui faites ce que vous voulez, mais bientôt… chacun verra.
– OK. Bon, je vais faire une autre vidéo, là, sur le parking.
– Mouais, circule, mais nous filme pas.

Ce n’est pas la première fois que j’ai des… sollicitations, en faisant des photos dans la rue. Et puis il n’y a rien d’autre que l’exercice d’un droit, celui de ne pas être photographié. Peut être, avec les vieux, y a-t-il autre chose, certes.


 

Exercice écrit dans l’inspiration de atelier d’été, 6 | juste avant, tout juste.

Le centre commercial de Montreynaud se situe sur la pente d’une bonne colline. Il est posé autour d’un plateau-parking horizontal rectangulaire, qui établit l’assise stable. Une allée piétonne cimentée et couverte l’entoure sur un demi-périmètre, du coté de la vallée. Les boutiques sont placées en bordure de cette allée, en vis-à-vis du parking. L’autre demi-périmètre est constitué de passages par couches entrecroisées : pour automobiles, bus, ou pour piétons, des trottoirs, des routes et diverses traverses comme des passages cloutés, des priorités, signes, virages.

Plus haut dans la colline, en facades verticales, des immeubles blancs et brillants percés de mille fenêtres en motifs réguliers arrêteraient un éventuel déplacement du ciel. À l’opposé, vers le bas, la plaine et la ville de Saint-Étienne se laissent contempler. Au loin, d’autres collines montagneuses estompent l’horizon.

Un abri verrière protège le chemin cimenté. Il donne au lieu une impression ailée. Sur cette allée, sous cette verrière, comme s’ils étaient collés à une boutique, ou comme s’ils étaient eux mêmes une voiture garée, ou des cormorans qui sèchent, stationnent des groupes d’hommes, chacun orbitant autour d’une position fixe. À proximité, des gens entrent et sortent des boutiques : la supérette, la boucherie, ou la boulangerie. Au centre, les voitures sont là, immobiles, comme figées dans une mer des sargasses. Quelques fois, une entre, ou une sort. Les voix et les regards des groupes d’hommes statiques traversent le plateau-parking.

Ça suffit.

(pas sûr que mes jeunes loubards aimeraient être comparés à des cormorans qui sèchent… ne leur dites rien)

(et saviez-vous que depuis Montreynaud on arrive facilement en Écosse ? )

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